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escapades nocturnes nouvelle, Escapades Nocturnes

Celui qui devait mourir pour exister

 




-         S’il vous plait, monsieur…

 

Il se pencha davantage pour se faire voir. L’homme assis parterre tendait une corbeille vers l’homme devant lui, réclamant quelques francs pour pouvoir manger. Sèchement mais sans méchanceté, il détourna son regard et continua son chemin. L’homme assis le regarda s’éloigner et songea pendant quelques secondes à de nombreuses choses, puis se retourna et tendit sa maigre corbeille vers un nouvel inconnu qui passait.

 

            Bien sur,il aurait pu lui donner quelque chose. Voire même beaucoup. Il lui restait plusieurs billets sur lui, et maintenant, il ne voyait pas trop l’utilité de les garder. Il aurait pu faire une bonne action, sa dernière bonne action. Mais ouvrir son imperméable, pour en sortir son portefeuille rangé dans sa poche intérieure gauche, aurait déclenché le mécanisme.

 

Un peu plus loin, descendant les Champs et s’engouffrant dans la bouche de métro la plus proche, il fut bousculé par ces parisiens,hommes stressés par nature courant sans cesse après le temps ou l’argent, ou la petite bête. Il s’inquiéta vite de cette proximité trop dangereuse, autour de ces gens si imprévisibles.

 

            Bien sur,il aurait pu faire en sorte que le mécanisme soit moins sensible, ou alors utiliser un détonateur, ou une minuterie, ou encore pleins d’autres procédés.Mais avoir choisi ce moyen lui donnait la sensation d’être uni avec elle. Et puis, cela rendait les chances d’échouer quasiment nulles.

 

Il prit soin d’éviter de se retrouver sur le chemin d’un métropolitain trop pressé, ce qui gâcherait tout. En finir maintenant serait décevant, alors qu’il espérait tellement mieux, tellement plus retentissant. Il savait bien que le seul itinéraire était de passer par le métro et que cette partie serait la plus dangereuse de son voyage. Il enjamba le portique d’entrée du métro, sans ticket, sous les regards surpris mais habitués des autres métropolitains.

 

            Bien sur,il aurait pu chercher à ne pas se faire remarquer, à payer le ticket et faire comme tout le monde, ou alors avoir prévu et acheté à l’avance. Mais il voulait aussi ajouter une part de danger dans le processus. C’était un moyen comme un autre de renforcer son excitation.

 

Sur le quai de la rame, il évita de se mettre devant,préférant se mettre à l’écart, derrière la foule parisienne qui aime se déplacer avec fracas. Il attendit donc que le quai se vide un peu avant de monter à son tour. Dans la rame il se sentit inquiet. Tous étaient debout, les places assises étaient si rares. Tous se regardaient ou essayaient de ne pas se regarder. Tous étaient collés les uns contre les autres.

 

            Bien sur,il avait pensé à prendre un autre moyen de transport. Mais étant assis, il pouvait plus facilement déclencher le mécanisme. La voiture était donc à exclure et le taxi aussi. Le vélo était hors de question et marcher aurait été assez long et fatigant. Mais c’était surtout qu’utiliser le métro, à Paris,était une chose plus que banale. Et il voulait l’emprunter pour une dernière fois.

 

La rame s’arrêtait sèchement à chaque arrêt, augmentant l’adrénaline, la sueur commençait à perler sur son front. Sensible voire peut-être trop sensible, oui. Un simple petit contact suffisait.

 

            Bien sur,il aurait pu ne pas se cramponner à cette barre transversale, à chaque arrêt,en prévision de la secousse de ralentissement. Il aurait pu en finir maintenant. Mais il y aurait eu quiproquo. On l’aurait assimilé avec les attentats du RER de 95. Alors qu’il n’avait aucune intention de terrorisme ni de revendication.

 

Arrivé à la station Louvre - Rivoli, il sortit doucement, prenant garde de n’approcher personne de trop près. Il connaissait bien l’endroit. Il était venu plusieurs fois repérer les lieux. Il monta un escalier, puis un second, ouvrit une porte, descendit et se retrouva au second sous sol au dessous du Louvre. Il reprit alors deux escalators et arriva à sa ligne droite. Une longue allée bordée de magasins hors de prix de marques internationales au bout duquel il apercevait déjà la pyramide.

 

            Bien sur,il aurait pu renoncer à tout instant. Surtout à cet instant en fait, si proche du but, cet instant décisif. Mais non, il pensa que ça y était, c’était la fin du voyage, qu’il ne restait plus qu’à le faire. Il n’abandonna pas, cela aurait été trop bête après tant de préparation.

 

Arrivé dans le lumineux espace vide qui se trouve au dessous de la pyramide en verre du Louvre, il se dirigea à gauche, vers l’entrée du célébrissime musée.

 

            Bien sur,il aurait pu encore une fois rentrer comme tout le monde, en payant son entrée.Mais cela n’avait plus grand intérêt de faire comme tout le monde. Il se mit donc à courir et dépassa les touristes dans la file d’attente. Courir était difficile, à cause du mécanisme trop sensible. Mais il rentra dans le musée avec de grandes foulées rapides sous les regards médusés des gardiens qui mirent trop de temps avant de comprendre et de réagir.

 

Deux gardiens se regardèrent et s’interrogèrent pendant suffisamment de secondes, puis se mirent à le poursuivre et à crier. Il essaya d’aller plus vite encore, mais il ne put pas vraiment, à cause de la grande masse de touristes. Mais il avait une avance suffisante pour l’objectif qu’il s’était fixé.

 

            Bien sur,il aurait pu choisir n’importe quoi. Mais il ne voulait pas du hasard dans sa vie, ou en tout cas pas dans sa prise de décision. Il avait déjà repéré les lieux, il avait tout établi, analysé et défini. Il savait maintenant qu’il allait réussir.

 

Il monta deux escaliers avant d’être rattrapés par les gardiens. Il était proche, si proche de son but. Il entra dans la grande,l’immense salle où était exposée la fameuse Joconde. Il entendit les gardiens crier à tous de l’arrêter. Il jubilait.

 

            Bien sur,il s’était demandé comment tout cela se finirait. La toute fin. Il avait envisagé plusieurs scénarios. Mais pas celui qui se produisit. La Joconde était au fond de la salle, il s’élança dans un ultime effort.

 

                        Bien sur, il ne pouvait anticiper les réactions de tous et surtout pas celles des nombreux touristes étrangers venus des quatre coins du monde pour visiter l’art. Il avait fais un jeu mental, se demandant de quelle nationalité aurait été le plus grand nombre de victime, ou encore quelle serait la nationalité de celui qui déclencherait le mécanisme. Un touriste japonais avec son appareil photo à la main ? Un gardien français ? Un groupe de touristes américains ?

 

                                   Bien sur, ce n’était pas important de savoir.

                                              

                                               Bien sur, il ne le saurait jamais, que cet homme qui se jeta sur lui pour l’arrêter,ayant compris les mots criés des gardiens du musée, était allemand. Ce dernier se jeta sur lui et lui attrapa les chevilles. Stoppé dans son élan, il tomba donc et fut triste que cela arriva si loin encore du plus grand tableau du monde, ici seulement, au milieu de l’immense salle. Mais c’était déjà une victoire. Son dernier regard alla au tableau qu’il voyait de loin, et à tous ces gens devant, dont certains s’étaient retournés pour voir ce qu’il se passait…

 

                                                           "Bien sur", se dit-il, "Bien sur… Et puis merde après tout !"

 

 

L’explosion dévasta l’immense salle de la Joconde et trois plus petites salles avoisinantes.



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Ajouté le 09:41 à 1/4/2009
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Les vies arrêtées

 


 

            Parfois, il arrive que dans des circonstances assez complexes mais très rares, des vies se retrouvent en suspens. C’est le cas de ce jeune homme, en attente du reste de sa vie. Coincé ici par le plus simple des sentiments : l’amour.

 

            En attente perpétuelle de celle qui lui a apporté l’amour, celle qui est repartie avec aussi. Que doit-il faire en attendant son retour, si retour il y a un jour ? Lui a mis sa vie en suspens, attendant, ne vivant plus vraiment, survivant seulement.

 

            On pourrait vous expliquer l’espoir qui le motive, mais cela est plutôt maigre, voilà longtemps qu’il attend, et il ne croit plus vraiment à l’espoir. Il a pourtant envisagé de nombreux scénarios, tous plus incroyables les uns que les autres. Assassiner son rival, faire capoter leur amour, faire en sorte qu’elle réalise l’amour qui lui manque réellement, devenir invisible à tous, se mourir, s’abandonner à autre chose, ou alors à rien.

 

            Bref, il avait déjà fais le tour de la question, pensé à toutes les solutions possibles, à tous ces choix auxquels il avait accès, mais aucun n’était bon, à part celui d’attendre. Mais penser à tout cela lui avait fait perdre du temps, ou plutôt gagner, tout dépend du point de vue. Il espérait, mais c’était à la limite du fantasme, tellement la chose était irréalisable.

 

            Elle, elle c’était différent. Parfois, elle pensait à lui, parfois elle lui écrivait. Mais il n’y avait plus d’amour dans tout ce qu’elle lui disait, plus aucune caresse, plus aucune sensibilité. Elle se montrait parfois même piquante, voire méchante avec lui, sans doute pour bien s’éloigner de ses sentiments profonds. Car oui, il était possible qu’elle ait encore des sentiments pour lui. Avec elle, il était difficile de savoir ce qui était au fond de son cœur.

 

            Ainsi elle était dure envers lui, elle s’en rendait compte aussi, mais elle ne pouvait se permettre de s’excuser, cela aurait été lui avouer qu’il y avait bien toujours quelque chose. Et puis elle voulait surtout qu’il ne recommence pas à espérer. Car elle pensait qu’il avait continué sa vie, en l’oubliant enfin. Grave erreur. Il continuait à être hanté par elle, elle l’obsédait. Il n’était pas question pour lui d’aimer quelqu’un d’autre de la même façon.

 

            Alors oui, pour lui faire plaisir, il avait continué à vivre, à faire sa vie avec d’autres femmes, se faisant croire à lui-même qu’il était heureux ainsi et qu’il pouvait l’oublier. Cruelle illusion qu’est l’amour, elle disparaît aussi vite et souvent qu’elle apparaît.

 

            Donc en fin de compte, il était toujours là, suspendu entre les mondes, perdus dans le temps, attendant, attendant sans cesse et en y perdant peu à peu la tête. Il observait beaucoup, attendant son tour, cherchant à créer le bon moment lui-même, espérant redevenir son super héro, revenir dans sa vie simplement.

 

            Elle ne pouvait le permettre, pas seulement parce qu’elle devait cacher le moindre des sentiments à son égard, mais aussi parce qu’elle avait trouvé la stabilité avec celui qui avait pris sa place. Elle se persuadait que tout allait bien pour elle avec le nouveau, que l’ancien, comme son nom l’indique, était du passé.

 

            Pour elle, il était important dans la vie, pour progresser, de ne plus tourner la tête vers le passé, mais de regarder vers le futur. Lui avait un regard différent, il était perdu dans le passé, agréable, celui où il avait été avec elle, ces bons souvenirs, sa mémoire sélective ne lui exposant que les bons moments, effaçant les mauvais. Il était heureux parmi les chimères qu’il avait inventées, peu à peu il sombrait dans ce monde et dans la folie.

 

            Il lui arrivait de parler seul, sans qu’il s’en rende compte, car il pensait lui parler à elle. Mais il n’y avait personne pour l’écouter, que sa profonde solitude. Il était seul, même parmi la masse qu’il fréquentait, les gens ressentaient sa solitude, son caractère étrange, déviant par rapport à tous les autres. Il était différent, mais on ne savait pourquoi et on ne savait qu’y faire. On essayait donc de l’accepter ainsi.

 

            Et même ses proches ne pouvaient se douter de quoi que ce soit. Sa folie jouait avec son intelligence, qu’il avait d’assez grande, pour masquer à tout autre ses illusions, ne vivant que lui-même dans ce monde de l’entre-deux. Il avait sombré dans ce monde d’attente, mais personne d’autre que lui ne le savait.

 

            Lui, il pensait que lorsqu’elle reviendrait, tout cela s’arrangerait, que ce monde d’imagination le laisserait enfin tranquille, que les choses se briseraient comme par miracle grâce à elle.

 

            Ainsi il n’avait aucunement peur de sombrer davantage dans la folie, puisqu’avec son retour, il guérirait. Pauvre fou, oui car il était à plaindre. Il devenait de plus en plus étrange pour ses proches mais on expliquait cela avec diverses fausses excuses, surmenage, stress, et autres. Il était bien entouré,on aurait du féliciter ses proches de ne pas l’avoir lâché un seul instant, de lui avoir toujours garantit une amitié dont il se nourrissait sans s’en rendre compte, croyant que c’était d’elle qu’elle venait.

 

            Voici donc l’étrange histoire de ce dernier patient, dont je vous narre le psychisme. Il est arrivé chez nous après avoir tué un homme, dans la rue, qu’il avait pris pour le nouveau compagnon de son amour perdu. Il s’est retrouvé ainsi dans ma clinique, spécialisée dans les soins et aides de types psychiatriques. Il avait conscience de ce qu’il avait fait, il se sentait coupable et avait une très mauvaise estime de lui et de son acte.

 

            Mais cet acte de folie s’explique en partie à cause du fait qu’il a nourrit son monde fantasmatique dans lequel le seul frein à son bonheur avec sa tendre amoureuse était le type avec qui elle était depuis leur relation. Il se réfugiait souvent dans son monde et il était difficile d’avoir une conversation sérieuse avec lui, il faut attendre ses phases de lucidité qui se trouvent de plus en plus courtes.

 

            Il n’est pas un danger pour lui-même et nous ne pensons pas qu’il soit un danger pour qui que ce soit d’ailleurs, c’est surtout quelqu’un qui a trop vécu dans l’attente, qui a cru pouvoir en sortir, mais par un mauvais moyen.

 

            Il va falloir à moi-même et à mon équipe de médecin spécialisé de venir en aide à ce jeune homme, à le faire sortir progressivement de son monde dans le but de détruire totalement ce dernier, lui permettre de reprendre pied dans le monde réel, celui où il faut avancer et pas rester sur son sentiment d’échec.

 

            Il nous faudra beaucoup de temps, nous en sommes conscients, mais il est clair que son rétablissement est possible. On lui a dit dans le temps que le temps effaçait toute chose, et que donc son malheur serait effacé avec le temps. Je ne sais pas qui lui a raconté cela, mais c’est la base même de ses tourments.

           

            Il va nous falloir lui apprendre à vivre malgré les souvenirs impérissables qui viendront sans doute parfois le hanter la nuit. Il nous faut prendre de risque de lui expliquer que leur relation est finie, pour de bon, qu’il ne doit pas sombrer mais au contraire avancer sur lui-même, se donner les moyens de vivre, vraiment, parmi les gens normaux, à qui ce genre de chose est déjà arrivé.

 

            Il lui faudra beaucoup de courage pour sortir de son monde imaginaire, mais vu la force avec laquelle il s’est installé dans son monde d’attente, nous pensons que le processus peut être inversé et qu’il pourra s’en sortir.

 

            J’ai envie de conclure ce rapport avec l’appréciation personnelle suivante : je suis content de voir que tous les patients atteints de folie ne sont pas tous fous à vie, que certains peuvent guérir, s’en sortir. Je place mes espoirs dans ce patient, il y arrivera je pense, et cette fois, c’est le temps qui va nous dire quand.

 


escapades nocturnes nouvelle


[...]

I pack myself in ice - have I told you that?
It obviates their infrascopes.
I know chants and I wear charms.
You may think you have me but I could destroy you
any second now.

Any second now.

Any second now.

Would you like some coffee, my love?

Did I tell you I can`t go out no more?
There`s a man by the door
in a raincoat.


 Extract from "Panaroid : A Chant"
 by Stephen King

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Ajouté le 00:07 à 3/3/2009
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Après tout...

 


 

Il tira un coup sec sur le cordon du store, le fit remonter,ouvrit la fenêtre, mit la cigarette dans sa bouche, la tendit vers son briquet, l’alluma et respira deux longues fois avant de dire un mot.

 

-        Tiens, dit-il juste.

-        Quoi ? lui répondit une voix lointaine et fluette.

-        Il neige.

-        Où ça ?

 

Interloqué, il se retourna pour la dévisager. Elle était encore et toujours collée devant son écran de télévision. Zappant à tout rompre pendant la publicité, dérivant de chaînes en chaînes, explorant l’univers merveilleux des cent vingt et un canaux de cette télévision, elle revenait néanmoins généralement sur la première chaîne, que lui ne pouvait plus supporter. Cette première chaîne nationale, celle qui lui semblait stupide, mal faite et sans goût. Elle l’adorait. Il essayait de lui trouver des excuses. Sans doute était-ce parce qu’elle était jeune, parce qu’elle avait appris à aimer cette chaîne ou à ne regarder que celle-là et aucune autre…

Un monde les séparait et pourtant… Pourtant oui, il l’aimait, mais il avait parfois du mal à dire pourquoi. Et là, c’était un de ces moments-là.

 

-        Eh bien dehors. Où veux-tu que ce soit ?

-        Bah, ça aurait pu être sur une autre chaîne !

 

Elle avait répondu du tac au tac, avec sa logique implacable. Il aimait qu’elle lui réponde aussi vite, il aimait qu’elle prenne le courage de dire ce qu’elle pensait, comme ça, pour rien. Malheureusement, elle avait sa logique à elle, si bien que ce n’était plus une bonne idée qu’elle soit toujours aussi spontanée avec lui, à dire ces choses sans réfléchir. Il en avait horreur maintenant. Il était là, assez atterré, devant la fenêtre, la cigarette se consumant lentement, tout comme son esprit. Il avait envie d’être loin, d’être ailleurs, d’être seul ou d’être avec une autre. Oui, celle qu’il aurait bien souhaité avoir auprès de lui maintenant. Seulement… Si les rêves étaient réels… Mais non, il ne pouvait que rêver. Autre chose lui était impossible. Il regarda encore dehors quelque temps, pensa à cette neige et laissa vagabonder son esprit. Il s’aperçut que la cigarette était consumée jusqu’au filtre. Il la jeta, referma la fenêtre, puis le store, se retourna et se dit que oui la neige aurait très bien pu tomber sur une autre chaîne, après tout…

Il se rassit à coté d’elle, devant la télévision.


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Ajouté le 17:00 à 18/2/2009
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Le prince de six sous

 



Apparemment les contes semblent vous plaire. Alors aujourd’ hui, chers petits enfants, je vais vous conter l’ histoire du prince de trois sous.

 

Il était une fois, car cela doit toujours commencer ainsi, un groupe d’ enfants. Ils étaient nombreux et restaient toujours ensemble. Jamais ils ne se séparaient. Ils marchaient ensemble, ils mangeaient ensemble et ils dormaient ensemble. Ils parcouraient le royaume de Jadis à la recherche d’ un prince de six sous. En effet, le roi venant de s’ éteindre, partout dans le royaume ces enfants allaient de villes en villes, de villages en villages et de maisons en maisons, quémandant un prince de six sous qui devait remplacer le défunt roi de Pacotille.

 

Un jour, ces enfants arrivèrent dans mon village. Avec politesse et insistance ils demandaient où pouvait se trouver un prince de six sous. Êtes - vous un prince de six sous ? Savez vous où peut - on trouver un prince de six sous ? Avez - vous déjà vu un prince de six sous ? Ils interrogèrent tout le village. Malheureusement pour moi, j’ étais de descendance de princes, mais seulement un petit prince de trois sous. Les enfants étaient tristes de ne point trouver leur nouveau roi et étaient déçus de ne trouver qu’ un insuffisant prince de trois sous. Ils repartirent alors en direction du prochain village. La quête de ses enfants m’ avait touché. Je souhaitais tellement leur venir en aide que je les ai suivis, délaissant ma maison, mon village et mes amis.

 

Les enfants acceptèrent que je les accompagne. Nous traversâmes ensemble de nombreuses forêts parfois effrayantes, des vastes plaines sans ombre, des sentiers tortueux, des petites montagnes et des grands sommets, des champs et des vergers fleuris, des marais boueux et nombreux chemins sinueux.

 

Nous avons visité tellement de villages et d’ endroits différents que j’ en ai perdu le compte, mais pas le conte. Ainsi, dans chaque endroit, pas une fois nous trouvâmes un prince de six sous. Il arrivait parfois qu’ on trouve un prince d’ un sous ou deux. Mais aucun ne répondait aux exigences de ce groupe d’enfants.

 

Avec le temps nous sommes devenus amis, ces enfants et moi. Ils m’ expliquèrent que c’ était le rôle des enfants de choisir leur roi car celui - ci serait alors bienveillant envers eux toute sa vie. Un roi choisie est plus intelligent qu’ un roi qui se désigne lui - même. De plus, la tradition voulait que les enfants ne choisissent qu’ un homme exceptionnel, un prince ayant déjà la fortune et le pouvoir : le pouvoir de gouverner intelligemment et en accord avec le peuple, et la fortune d’ au moins six sous.

 

Je leur racontais alors ma propre histoire, j’ étais un fils d’un vieux sage, prince de deux sous et demi et j’ avais reçu de lui une partie de sa sagesse et sa fortune, mais je n’ étais pas encore assez riche pour pouvoir prétendre au trône. C’ était d’ ailleurs une chose que je n’ avais pas envisagé, me sentant bien heureux dans mon petit village.

 

Plus le temps passait et plus nous avions exploré la totalité des territoires du royaume de Jadis. Encore plus désespérés, les enfants se confiaient souvent à moi, me racontant leurs craintes et leurs attentes. Ils avaient peur d’ échouer dans leur mission de trouver le prochain successeur du feu roi de Pacotille. Là bas, tout au fond du royaume de Jadis, dans les terres encore mal connues car tellement éloignées de toute civilisation, les enfants prirent la terrible décision d’ abandonner et de rebrousser chemin.

 

Néanmoins sur le retour, à chaque ville, chaque village, chaque maison où nous étions déjà passés, des enfants nous attendaient avec de grands sourires, mêlant espoir et tristesse. Chaque groupe d’ enfants rencontré rejoignit nos rangs et apporta avec lui quelques deniers trouvés ça et là. Un vrai trésor commença à s’ établir dans ce groupe d’ enfants, sans cesse grandissant.

 

A la moitié du retour nous avions déjà assez de deniers pour compter en sols. Notre groupe était maintenant immense, et chacun retrouvait le sourire en voyant notre unité. Revenant ainsi à la capitale, la ville du roi défunt, les enfants, innombrables, se rassemblèrent dans la cour du château. Intrigué, je continuais à les suivre. Ils comptèrent l’ argent récolté grâce à chacun. Les comptes furent longs car les pièces étaient toutes de petites valeurs. Mais après avoir compté et vérifié trois fois la somme, ils soupirèrent. Apparemment il n’ y avait pas le compte qu’ ils espéraient. C’ est alors qu’ un enfant, puis deux, puis cinq, puis dix, puis trente, puis cent se tournèrent vers moi avec un regard étrange, illuminé par une révélation qu’ ils venaient d’ avoir et qui m’ échappait alors encore.

 

Les enfants prirent la parole d’ une seule et même voix pour m’ annoncer qu’ ils avaient récolté exactement la somme de trois sous. Je compris alors où ils voulaient en venir. Ils me demandèrent de rajouter mes trois sous et de devenir le prince de six sous qu’ ils avaient tant cherché. Je ne pus refuser une telle proposition et lorsque je dis « Oui j’ accepte », tous les enfants s’ agenouillèrent et me firent une respectueuse révérence d' allégence. Mais je ne tardais pas à leur demander de se relever, car si je voulais bien devenir le nouveau roi, c’ était en parti,exactement en moitié, grâce à eux. Ainsi je leur annonçais que je ne voulais un pouvoir totalitaire mais un pouvoir partagé entre moi et les enfants du royaume de Jadis, qui étaient beaucoup plus sage qu’ un prince, même un prince de six sous…




Je vous épargne le fameux " Ils furent heureux et vécurent très longtemps " Vous l' avez compris, tout cela n' est qu' un conte... Mais un joli conte quand même.

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Ajouté le 14:31 à 8/11/2008
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Hyperémotivité

 



Effondrée et en larmes, elle passa la plus grande partie de la nuit à gémir son désespoir. Sur son lit, allongée dans le noir, elle ne cessait d’ enlacer son oreiller et de sangloter abondamment. Elle était un stock inépuisable de liquides, un réservoir de chagrin ; le torrent de ses pleurs et les ruisseaux de bave de sa bouche mouillaient le pauvre édredon et une partie du lit aussi. Il était heureux qu’ elle n’ ait pas de voisin, sans cela elle les aurait privé de sommeil. Sa peine était immense, jamais on ne vit telle puissance de douleur dans les pleurs d’ un homme. Ceux - ci étaient ceux d’ une femme, et l’ étaient de nombreuses fois supérieures. Un tel malheur lui amena à perdre progressivement la voix. Elle s’ époustoufla alors en silence, dans son lit, cramponnée à son oreiller, hurlant sans bruit sa profonde détresse. A l’ aurore, son organisme fût clément et la fatigue accumulée de tous ces pleurs l’ emportèrent dans le royaume du songe, où elle ne croisa aucun rêve. Bien que court, on aurait pu penser que ce sommeil, précédé de tant de larmes, aurait assouplit son bouleversement. Il n’ en était rien et dès qu’ elle rouvrit les yeux, prenant conscience d’ avoir dormi et se remémorant immédiatement la cause de son chagrin, elle se remit à pleurer. D’ abord doucement, pensant que le mal le plus important était passé, elle se détrompa vite et sa douleur revint encore plus forte, plus affligée, clouant la pauvre malheureuse sur place. Puis les gémissements et longs reniflements du nez avaient laissé leur place aux cris étouffés dans le traversin encore humide et à un nouveau fleuve de larmes. Quiconque aurait entendu une telle tristesse aurait été touché par une si grande détresse et serait venu la réconforter. Or, il n’ y avait personne à venir l’ aider. Personne pour la calmer et la sortir de son état second, sans faim, sans soif, la seule envie étant de pleurer encore et toujours...

 



Qui aurait pu penser que la disparition de cette chaussette dans son bac à linges aurait pu à ce point la toucher ?






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Ajouté le 13:36 à 29/10/2008
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A propos du blogueur

Je mets en ligne mes écrits, sans prétention et sans ménagement. En espérant, pas forcément vous plaire, mais au moins vous sortir pour quelques temps de l'ordinaire.

Tous les écrits présentés ici sont mis à la disposition selon les termes de la Licence Creative Commons.

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