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concours ecriture escapades no, Escapades Nocturnes

Egarements

 


Je ne devrais

Vraiment pas

Passer ici.

Si on me voit,

Voie unique

Que je vais emprunter :

Terrain sensible,

Sans cible pourtant …

Tenté de me filer,

Les malheureux condamnés

Damnés à errer encore,

Corps et esprit,

Pris dans ce dédale.

Dalle qui scellera leur tombeau.

Beaucoup jugent le risque,

Risque mal calculé.

Les choses après tout …

Tout le monde pourrait

Réessayer de le tenter.

Télévisions ordinateurs radios coupées,

Paix du coeur et de l' esprit.

Pris au piège de ces ondes :

On devrait s' en inquiéter !

Terrifiés de ce contrôle,

Rôle que l' on ne peut quitter,

Tétanisé et sans liberté !

Et faire alors comme moi.

Moi qui voulait être seul.

Seulement on ne décide pas,

Pas pour les autres.

Autrement la vie serait

Rayonnante et tellement plus facile.

Facilement on les enverrait au loin,

Aux lointaines montagnes si belles,

Bel endroit pour changer de vie…

Vite, vite, le temps presse !

Est-ce que notre temps est compté ?

Terminus du train et fin du spectacle.

 

A que le poète fut étrange ce soir !

Soit rassuré lecteur ou lectrice,

Tristesse habite souvent ce poète.

Êtes - vous encore surpris de cela ?

De se lamenter ce poète n' arrêtera pas.

Partons donc chercher la joie ailleurs.

Heure des réjouissances

En ce beau monde,

Monde qui vit,

Vivra.




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Ajouté le 19:09 à 2/9/2008
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Le Goût de la Mort

 



 

25 novembre 2003. 23 heures environ.

 

 

 

 

A prend la bretelle de sortie de l’ autoroute A75. Sortie en construction. Interdit d’ accès. Il ralentit et se gare sur la bande d’ arrêt d’ urgence, attend que deux voitures au loin passent leur chemin. Il traverse la route et passe derrière les barrières de sécurité. Il retire quelques plots, déplace les barrières et un panneau “ attention chantier “. Il retraverse et remonte dans sa voiture. Il attend que la dernière voiture en vue soit passée, puis démarre et s’ engage sur cette nouvelle route. Il dépasse tout le dispositif de barrage et s’ arrête, sort et remet tout en place.

A remonte enfin dans sa voiture et repart sur le viaduc de Millau en construction.

 

 

B sort de son immeuble. La nuit est fraîche se dit - il. Il marche pendant une dizaine de minutes pour arriver à la plage. Les rues de la Baule sont désertes. Qui pourrait bien se promener près de l’ eau une soirée aussi froide que celle-ci ? Il descend les marches et arrive sur le sable glacial. La mer est basse, la lune haute et pleine. Personne bien entendu. Tout le monde est chez soi, bien au chaud.

B commence à se déshabiller.

 

 

C arrive à l’ entrée de sa ferme de Vendée. Il se gare dans l’ entrée, sort et appuie sur sa clef, commandant la fermeture centralisée de sa voiture. Il se dirige vers la grange. Il entre et referme derrière lui. Son regard parcours le vaste espace pratiquement vide. Il ouvre le seul débarras de cette grange et en sort une grosse corde en lin. Il la prend dans ses bras et respire profondément l’ odeur de fibre.

C commence à faire un noeud coulant.

 

 

D sort de Paris et va en banlieue. Il cherche le plus haut immeuble qu’ il puisse trouver. Au bout d’ un quart d’ heure, il est satisfait de son exploration. Il se gare au pied de l’ immeuble choisi, prend le soin de vérifier que sa voiture soit bien fermée, s’ avance vers l’ immeuble. A l’ entrée, il cherche un quelconque interrupteur puis finalement pousse la porte d’ entrée et s’ engouffre à l’ intérieur. Il prend l’ ascenseur et monte jusqu’ au onzième étage. L’ immeuble est très vétuste, comme pratiquement tous les bâtiments de banlieue.

D trouve la porte dérobée qui mène au toit et l’ ouvre.

 

 

E sort de la baignoire de son appartement de fonction, rue Saint - Victeur. Il se sèche en respirant profondément, puis ouvre son placard à pharmacie. Il en sort une seringue. Vide. Il prend ensuite le temps de nettoyer la baignoire pour qu’ elle soit parfaitement sèche. Puis une seconde idée lui vient et il va alors dans la cuisine, ressort d’ un tiroir un long couteau bien aiguisé. Le Goût lui vient à ce moment là. Tout va mieux.

E s’ installe nu dans sa baignoire.

 

 

F rentre enfin chez lui. Il lui a fallu faire le tour de toutes les pharmacies de Grenoble pour trouver celle qui était de garde ce soir. Avec une bonne falsification d’ ordonnance, il a obtenu plusieurs boites de Zolpidem, l’ un des hypnotiques les plus puissants. Il sourit en repensant aux nombreuses mises en garde du pharmacien qui n’ avait pas la chance d’ être tranquillement chez lui ce soir. Le Goût lui vient. Puis il déballe les médicaments sur sa table basse.

F se dirige vers son bar et sort ses bouteilles d’ absinthe.

 

 

G est assis dans son mini coin cuisine de son appartement de douze mètres carrés, à Saint - Nazaire, près des quais. Pas besoin de préciser qu’ il n’ y a qu’ une chaise. Par l'unique fenêtre il regarde la lune. Dehors il semble faire si froid. Il revient à son occupation, démonte son Glock17 pour la troisième fois, nettoie chaque pièce avec des gestes automatiques qui sont devenus les siens. Il regarde en souriant cette arme démontée en une dizaine de morceaux inoffensifs. Puis il remonte lentement son arme et la charge de sept balles, machinalement. Le Goût lui chatouille les sens.

G sent maintenant la gaieté l’ envahir.

 

 

 

*     *     *

 

 

 

Une boite de Zolpidem contient trois plaquettes de dix comprimés. Il est préconisé de prendre un demi, voire un comprimé entier pour s’ endormir en quelques minutes. F prend son plus beau verre et le remplit d’ absinthe. Il sort les dix premiers comprimés. Cela lui remplis le creux de la main. Il les gobe tous accompagnés par deux gorgées. Puis il finit le verre pour pouvoir bien mélanger les effets néfastes de l’ alcool et des somnifères. Le Goût est tout autour de lui.

F commence à se déshabiller après la fin de la première boite.

 

 

La nuit est vraiment froide. Mais la vision de Paris d’ ici, à cette hauteur, est à la fois très belle et très triste. D, sur le toit, est enivré par le Goût. Plus rien d’ autre n’ a d’ importance. Il regarde en contrebas de chacun des quatre cotés de l’ immeuble. Il choisit la face sud, celle qui donne sur un jardin d’ enfants.

D commence à se déshabiller.

 

 

La voiture s’ arrête juste avant le gouffre. La route se termine par un vide de plus de deux cents mètres de hauteur. A sort et regarde en bas. Le vide fait d’ autant plus peur quand la nuit est si sombre. Il sourit faiblement, le Goût vient remplacer toute autre sensation. Il se déshabille puis remonte dans la voiture.

A ouvre toutes les fenêtres et retourne en marche arrière jusqu’ aux panneaux de travaux qu’ il a franchi quelques minutes auparavant.

 

 

Serein, dans sa baignoire. Allongé de tout son long. E prend la seringue et la remplie d’ air. Puis il choisit une veine au bras gauche et insère l’ aiguille de la seringue dedans, sans ménagement. Il pousse alors sur la seringue et la bulle d’ air remonte alors dans cette veine. Le Goût l’ envahit presque immédiatement. Jouissance exquise.

E sait que la bulle d’ air va monter jusqu’ au cœur, lentement, très lentement.

 

 

Une simple chaise. Un simple canapé où dormir et un coin cuisine. G commence à se déshabiller tout en se demandant où tirer. Contre la tempe ? Dans la bouche ? Dans le cœur ? Le Goût lui dicte la bouche.

G introduit le gros et froid canon de l’ arme dans sa bouche alors salivante.

 

 

Une corde solide. Un nœud qui l’ est encore plus. C s’ est déshabillé. Il est monté sur le tabouret, trouvé pour faire office de bourreau. Il passe sa tête à travers le nœud coulant. Tout est à la bonne hauteur. Le Goût l’ accompagne à chaque instant.

C respire profondément.

 

           

Nuit froide. Eau froide. B est nu et rentre dans l’ eau sans aucune réticence. Elle est glacée, sans doute proche de zéro, mais cela ne lui fait rien. Le Goût l’ accompagne. Il s’ enfonce de plus en plus dans l’eau et commence à nager.

B quitte la plage et part rejoindre la mer calme et immense.

 

 

            La corde autour du cou. Le cou qui démange. C n’ est plus vraiment lui - même. Il devrait avoir peur, être effrayé d’ une telle situation. Au lieu de cela, il est souriant et voit la corde comme sa délivrance. Il se remémore tous ses souvenirs de jeunesse associés à cette grange. Le Goût le dévore.

C se sent libéré et heureux.

 

 

Trois boites vides par terre. La deuxième bouteille pratiquement vide elle aussi. F s’ est déshabillé et s’ est couché sur la moquette de son salon. Il baille et sent, à la fois, les étourdissements de l’ alcool ainsi que la lourdeur de ses paupières. Dans cet état presque comateux, le Goût est omniprésent.

F engloutit les derniers comprimés avec la fin de la bouteille.

 

 

Chantier en construction. Attention danger. A arrive à l’ embranchement initial. Il s’ arrête. Lève le frein à main et désactive les airbags. Il accélère alors à fond. L’ aiguille monte, monte,et monte encore. Les pneus crépissent et font de la fumée. Le Goût lui indique le moment. Maintenant. Le saut de la mort.

A desserre le frein à main et la voiture bondit sur la route qui n’ a pas encore de fin.

 

 

La vue est vraiment magnifique. L’ air est frais mais aussi léger et agréable. D respire profondément le Goût tout en se déshabillant. Une fois nu, il s’ assoit sur le rebord du toit, les pieds ballants dans le vide.

D rit une seconde fois en pensant aux enfants qui verront ce drôle de spectacle demain matin au réveil.

 

 

Agonie dans une baignoire. Le Goût s’ intensifie. E veut ne plus faire qu’ un avec cette sensation.  Il prend le couteau aiguisé et se taillade les veines du bras droit. Le sang jaillit abondamment. Rouge et chaud.

E s’ offre totalement au Goût.

 

 

Quelques vagues. Une mer calme. B n’ a plus pied depuis un bon moment. Il est loin de toute côte, en pleine haute mer. Il sent la fatigue mais la repousse. Le Goût lui permet de puiser au fond de son énergie. Alors il respire pour un dernier long souffle. Et plonge. Le plus profondément possible. Profond, très profond dans l’eau.

B recrache petit à petit l’ air de ses poumons et s’ enfonce dans la mer.

 

 

            Répulsion et envoûtante attirance. Dégoût et pourtant satisfaction. G est mitigé vis - à - vis du canon froid qui se trouve dans sa bouche. C’ est une arme bien sale et qui va laisser des traces partout. Néanmoins, il sourit de savoir tout bientôt terminé. Le Goût l’ accompagne et le rassure. Sa bouche est étrangement sèche.

G enlève le cran de sûreté.

 

 

 

*     *     *

 

 

 

G ferme les yeux, sa main ne tremble pas, son index se raidit.

F ferme les yeux, enfin, un sommeil sans rêve commence pour lui.

E ferme les yeux, la douleur n’ est plus qu’ un vague souvenir.

D ferme les yeux, se relève et fait dépasser ses orteils dans le vide.

C ferme les yeux et met son pied droit derrière le socle du tabouret.

B ferme les yeux et commence à suffoquer.

A ferme les yeux, la voiture dépasse la fin du viaduc et se retrouve dans le vide.

 

 

 

*     *     *

 

 

 

A tombe.

B se noie.

C fait basculer le tabouret.

D saute.

E se vide de son sang.

F sombre dans le coma.

G presse la détente.

 

 

 

*     *     *

 

 

La balle traverse la bouche, casse le squelette du crâne, fait de la bouillie du cortex de G, le sang éclabousse les murs et le voisin alerté par le bruit viendra et vomira près du corps. 

 

La moquette du salon de F devient son sépulcre, son corps en décomposition sera retrouvé seulement deux semaines plus tard par les pompiers appelés à cause de l’ horrible odeur.

 

Le cœur de E arrête de fonctionner, le sang crée un petit tapis visqueux au fond de la baignoire, sa fille qui retrouvera le corps s’ en voudra toute sa vie d’ être rentrée tard ce soir - là.

 

Le corps de D s’ est écrasé sur la maison des jeux pour enfants, et c’ est un enfant de huit ans qui retrouvera ce qu’il reste de son corps, organes éparpillés, squelette démembré, et sang.

 

Les spasmes de C durèrent près de quatre minutes, puis sans souffle, son corps sans vie se balancera lentement au bout de la corde avant d’ être retrouvé par ses fils, huit jours plus tard.

 

Le corps raide et glacé de B mettra six minutes environ pour remonter à la surface et voguera sur la mer avant d’ être retrouvé dans un filet de pêche d’ un chalutier de Noirmoutier, parmi les poissons.

 

La voiture de A s’ écrase au sol, le moteur écrabouille le corps du conducteur avant de rentrer en contact avec l’ essence, faisant exploser la voiture en une magnifique boule de feu incandescente.

 

 

 

*     *     *

 

 

 

Ce soir, 25 novembre 2003, à minuit, sept hommes meurent en même temps, en France, chacun ayant choisi de mourir d’ une façon différente. Mais chacun étant entraîné par un sentiment étrange. Un étrange Goût. Un parfum qui m’ est propre. Et ont trouvé ce Goût si attirant qu’ ils ont décidé de mourir dans l’ espoir d’ éprouver cette sensation à jamais.

 

Moi, spectatrice de tout cela, je suis aussi l’ auteur de cette mise en scène. La vie est une chose bien étrange qui m’ échappe sur le plan conceptuel mais non sur le plan concret. Mais une chose est pourtant sure : tant qu’il y aura de la vie, je serais présente. Car je suis la fin de la vie, le commencement du néant. Je suis celle que vous redoutez tant, m’ affublant de tant de noms et d’ images différentes qu’ il serait trop long d’ en faire la liste. Je suis simplement La Mort. Et ce soir, j’ ai gagné sept hommes de plus à mon jeu préféré.

 

Je m'en vais.

Mais vous rappelle qu’ un beau jour, ce sera votre tour.

Vous sentirez le Goût le moment venu, vous aussi.

A bientôt donc.


 

 

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Ajouté le 20:47 à 18/5/2008
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Dernier voyage

 


Je ne sais pas ce que sont les escarboucles. J' ai complètement oublié ce soir le sens du mot escarboucle, mais je le tourne et le retourne dans ma tête comme un caillou incandescent. Les escarboucles, en tout cas, c' est quelque chose qui convient parfaitement à la femme que j' aime.

 

Ce mot éveille en moi quelque chose de beau mais aussi de compliqué. Tu sembles parfaitement correspondre à cette définition, mon Amour, je ne saurais dire pourquoi. Ce mot a été lâché par la radio, qui passe un extrait des contes de Jean Loup Baly, que j' écoute d' une oreille distraite.

 

"Escarboucle", ce mot me fait penser à toi.

 

Toi, tu as quatre-vingt-trois ans ce soir, et je t' aime toujours autant que lorsque nous sommes rencontrés, tu es aussi ravissante et attirante. Tu dors sur le siège passager. Ces derniers temps tu dors plus de quatorze heures par jour. Mais ce soir, je suis content que tu dormes. Cela te fera une belle surprise à ton réveil.

 

La soirée est fraîche, le réservoir est plein, nous filons à travers la nuit, l' autoroute est tristement vide, pleine de solitude. Mais je ne me plains pas, j' ai la radio et puis, nos souvenirs viennent me tenir compagnie.

 

On arrive à l' échangeur, je ralentis, m' arrête, prend le ticket, redémarre doucement pour ne pas te réveiller. Me remémorer nos souvenirs m' épargne toute fatigue et me permettent encore de conduire, malgré mon vieil âge.

 

Je nous revoie très clairement dans ce pub de Londres dont j' ai oublié le nom et qui doit avoir disparu aujourd' hui. Ce fameux soir où nous nous sommes rencontrés, où nous avons commencé notre vie. Ton sourire, tes yeux magnifiques, ton français imparfait mais attrayant, cette interminable nuit, remplie de discussions, de joie et de rires, le sentiment que tu me plaisais énormément et que c' était réciproque.

 

De mon séjour en Angleterre, j' ai gardé peu d' autres souvenirs que ceux que nous avons eu ensemble. Et lorsque j' ai du rentrer en France, je nous revoie cet après-midi-là dans St James' s park, te demander de m' accompagner, de partir vivre avec moi en France. Sans hésitation tu m' as répondu "oui" et tu m' as embrassé, j' étais le plus heureux des hommes. Nous ne nous sommes jamais quittés depuis ce jour. Jamais, ne serait - ce que d' une journée. Depuis cinquante neuf ans.

 

Arrivé en France, nous nous sommes directement fiancés, avant même de te présenter à mes parents. Rien ne comptait plus que toi, et c' est toujours le cas ce soir. J' ai terminé mes études, j' ai commencé à travailler, comme traducteur dans un premier temps, avant d' écrire par moi - même. Tu m' as toujours soutenu, même quand tu n' étais pas forcement d' accord avec ce que j' écrivais. Nous avons toujours été présents l' un pour l' autre.

 

Péage. Le receveur péager semble autant dormir que toi. Nous quittons l' autoroute pour la nationale. Quelques dizaines de kilomètres avant de retrouver une autre autoroute.


Peu de temps après notre arrivée à Paris, nous nous sommes échappés pour aller près de cette mer que tu aimes tant. C' est là que je t' ai demandé en mariage. Encore une fois, tu n' as pas hésité une seconde. On aurait pu croire que ce fut le plus grand moment de ma vie. En vérité, tous les jours que j' ai passés à tes côtés ont été et seront toujours remplis de gaieté et d' amour, jamais je n' ai été malheureux avec toi, même ces dernières années.

 

Nous sommes en parfaite symbiose. Nous nous aimons intensément. Jamais il ne nous ait venu à l' idée de pouvoir aimer quelqu' un d' autre. C' est pour cette raison que nous avons décidé de ne pas avoir d' enfant. Notre amour n' en était que plus passionnel.

 

A tes cotés j' ai eu tellement de joies que les quelques moments tristes de ma vie se sont vite effacés. La mort de mes parents, puis des tiens. Nous avions rompu avec eux, certes. Mais cela n' efface pas le chagrin. Nous nous sommes retrouvés seuls au monde. Nous avons réussi à faire le deuil. Après tout, ils avaient eu une belle vie.

 

Je quitte la nationale et reprends l' entrée de la seconde autoroute. Le temps passe, France Inter a déjà diffusé deux journaux d' informations, la nuit coule, et nous avec.

 

J' ai commencé à me faire un nom, à côtoyer des gens devenus célèbres. Tu étais toujours à mes côtés, lors de toute mes apparitions en public, mais c' est normal me disais - tu, car nous sommes et resterons toujours ensemble.

 

Lorsque je t' ai présenté Jean - Paul Sartre, tu l' as, comme moi, très rapidement admiré. De même lorsque je suis devenu journaliste, tu as aussi vite apprécié mon ami, Jean-Jacques, que tu te permettais d' appeler " JJSS ".

 

Avec ces influences, j' ai commencé à écrire sérieusement. A trente six ans, j' ai réussi à publier mon premier livre. Tu as toujours été derrière moi, me soutenant sans faille, relisant constamment et corrigeant souvent, mais aussi remettant en cause parfois certains points. Je t' avoue que j' ai toujours aimé cette qualité chez toi. Tu m' as beaucoup inspiré.

 

A nouveau je ralentis, appuie sur ce bouton impersonnel et prends le ticket qui l' est autant. A ce train-là, nous serons arrivés à l' aube. Tu ouvriras les yeux sur cette mer que tu chéries tant.

 

Après mes premiers écrits, j' ai quitté la rédaction de France Presse pour fonder un journal plus en adéquation avec mes idéaux. Nous avons eu de la chance, le Nouvel Observateur a bien marché et aujourd' hui encore continue à prospérer.

 

Mais les choses évoluent. Petit à petit, je me suis éloigné de mes amis de l' époque, j' ai perdu Sartre, j' ai perdu mes soutiens au sein même du journal. J' ai continué à écrire, plus personnellement encore, avec toi à mes cotés. Ma vision du monde était certes originale, je comprends qu' on ait voulu me laisser de côté. Je ne blâme personne. J' ai fais ce que j' ai pu. Simplement. J' ai écrit mon idéal du monde, plus social, plus écologique et j' espère que le futur évoluera dans ce sens.

 

Les aires d' autoroutes se succèdent et se ressemblent toutes. France Inter passe désormais de la musique classique. Il est tard. Ou plutôt très tôt.

 

La politique restera toujours mon sujet d' écriture préféré. J' aurais pu continuer à écrire indéfiniment si nous n' avions pas été confrontés à la vieillesse. Alors tu es devenue fragile, mon tendre Amour. Tu as commencé à ne plus aller bien. Je revois souvent ce mauvais moment dans mon esprit, cet après-midi, ton entrée à l' hôpital suite à ton premier malaise, lorsque les médecins sont venus, hésitants, vers moi, pour m' expliquer ce que tu avais. Jusqu' alors nous n' avions presque jamais envisagé la mort, toi ou moi. Nous étions heureux et nous n' y pensions tout simplement pas.

 

Une maladie incurable, "une affection évolutive", ces deux seuls mots, qui te condamnent. Rien n' est possible pour te soigner. Et puis de toute façon, il fallait bien que la vie s' arrête un jour. Nous aurions juste préféré vivre en pleine santé encore dix ans de plus. Mais nous n' échappons pas à la réalité.

 

Je n' ai jamais autant pleuré que dans cette salle d' attente de l' hôpital. Lorsque je suis allé à ton chevet, tu m' as souris, en me disant de ne pas m' inquiéter. Je suis resté près de toi tout le temps de ton hospitalisation. Dans un premier temps, les médecins m' invitaient à rentrer chez moi, mais quand ils ont vu que je ne bougerais pas, ils ont accepté ma présence auprès de la femme de ma vie. Nous avons alors envisagé la mort. Il nous était inconcevable à tous deux de vivre sans l' autre.Les médecins ont diagnostiqué une dizaine de mois, tout au plus.

 

Tu es magnifiquement belle, je chérie ton âme sans cesse, je remercie la vie que nous nous soyons rencontrés. Ta maladie est fatale, mais tu continues à sourire, à rire, à m' aimer, comme si tu n' en avais rien à faire. Mon éternel Amour, je ne sais pour quelles raisons escarboucle paraît bien te définir, mais ce soir, ce mot me permet d' être encore et toujours heureux et soulagé à tes côtés.

 

A nouveau un péage et un employé qui somnole. La monnaie, un vague sourire et bonne route. Il ne reste plus que quelques heures de trajet, trois tout au plus si je suis fatigué. Mais ce soir, il semble que je sois dispensé de cela, je sais désormais que c' est notre dernier voyage.

 

Amour de ma vie, malgré ta maladie, je suis toujours resté à tes côtés, obéissant aux moindres de tes souhaits. Nous avons envisagé l' avenir proche. Je ne me suis occupé que de toi. Nous avons alors commencé à vivre plutôt austèrement, reclus, presque ascétiques.

 

Nous en avons alors parlé ensemble, souvent, de la mort. Avec la relation qui est la nôtre, fusionnelle, nous ne pouvons accepter le départ de l' autre. Nous avons alors convenu de partir ensemble. Mais j' ai quand même trouvé le courage d' écrire un dernier livre. Je te l' ai dédie. Je te demande pardon, mon Amour, je n' ai écrit tout au long de ma vie que des théories politiques et n' ai jamais vraiment pu faire connaître à tout le monde les sentiments que j' aie pour toi. J' espère que ce livre répondra aux questions que les gens se poseront sur nous.

 

Malheureusement, petit à petit, la maladie t' a affectée totalement. Tu maigris, tu oublies parfois le jour que nous sommes, il t' arrive tout un tas de tracas qui arrive avec l' âge. Mais jamais tu n' oublies l' amour que tu as pour moi. Et moi de mon côté, je fais tout pour te rassurer, pour te montrer mon amour infini. Je t' aime. Les dernières phrases du livre sont " Nous aimerions chacun ne pas survivre à la mort de l' autre. Nous nous sommes dit que si, par impossible, nous avions une seconde vie, nous voudrions la passer ensemble ".

 

            Je n' ai plus peur de mourir maintenant que nous avons choisi de mourir ensemble.


            Je suis heureux de ma vie. Je suis heureux de t' avoir rencontrée. Je suis heureux de tout ce que nous avons accompli ensemble, au bonheur d' avoir vécu à tes côtés.

 

Voilà, les premières lueurs du jour viennent caresser faiblement l' horizon. Nous ne sommes qu' à quelques kilomètres de cette plage où je t' ai demandé en mariage, il y a plus d' un demi-siècle. Je suis néanmoins fatigué. Mais heureux. Nous sommes encore ensemble.


            Je sais que cela te fera plaisir de voir cet endroit, une dernière fois.

 

Je sais maintenant comment tout cela va se terminer. Nous avons lutté ensemble. Des quelques mois annoncés par les médecins, nous avons réussi à les transformer en trois années magnifiques. Mais nous sentons tous les deux la fin de ta vie, de notre vie.

 

Après avoir profité de notre journée sur cette plage, nous rentrerons chez nous.

 

J' écrirai un mot que je laisserai sur la porte. Je te rejoindrai dans notre lit. Une dernière fois, nous pleurerons ensemble la joie d' avoir été ensemble et heureux. Nous nous embrasserons une dernière fois avant de quitter ce monde.

 

Je souhaite juste que nous ne serons pas jugés pour notre départ. Je réaffirme ici tout l' amour de cet acte.

 

Mais il faut chasser cette peur de mon esprit. Il nous reste une journée à vivre, autant la vivre le plus intensément possible. Je suis triste de nous voir disparaître. Mais il faut mettre de côté cette tristesse. Et puis partir ensemble m' apaise.

 

Arrivés sur le parking, près de cette plage, je sais que tu t' éveilleras , je sais que tu trouveras encore la force de me sourire. Tu n' essaieras pas de me dire merci, car tu sais que je fais cela pour nous deux. Pour mourir simplement heureux, l' âme en paix. Je te redirai tout l' amour que j' aie pour toi. Le besoin de t' avoir à côté de moi pour vivre. Je te raconterai la paix que j' ai enfin trouvée avec moi-même. Je t' embrasserai, je te dirai encore à quel point tu es belle, que tu me plais, que je t' aime de tout mon cœur, de tout mon corps et de toute mon âme.

 

Tu me croiras, tu sauras que c' est la vérité, car tu lis en moi comme dans un livre ouvert. Tu me diras sans doute que toi aussi tu ressens la même chose que moi, que tu es heureuse d' être ici et avec moi. Je ne sais pas si nous parlerons, nous avons tellement l' habitude de savoir ce que l' autre pense, notre communion est totale. Néanmoins, je continue à m' interroger encore sur beaucoup de choses…

 

Par bonheur, la plage était maintenant toute proche et on voyait la mer à quelques pas de là.

 

 

En hommage à Dorine et André Gorz


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Ajouté le 14:50 à 1/2/2008
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Dreamer

 


I had a dream last night

Did you remember ?

You were with me

Forever, here will be your place

 

I had a dream last night

A strange dream

Where sky and water were same things

And we were swimming in the sky together

 

I had a dream last night

And you promised me

You will always stay with me

In this strange place, in this strange sky

 

I had a dream last night

You and me lonely

In the swimming sky

Behind all the fish-fly

 

I had a dream last night

You took my hand

And said that this place

Became my last place

 

I had a dream last night

Where you said that

I could stay here for eternity

Playing with this swimming sky

 

I had a dream last night

Where all was so sweet

Where there was no fear

And the death was smiling

 

I had a dream last night

And I asked you

If I could stay here

Forever

 

I had a dream last night

And this morning

I don’ t wake up

I died this night

 

I had a dream last night

My last dream

And in this dream

I will be always with you

 



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Ajouté le 13:07 à 5/1/2008
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Régularité

 



- Il court sans s' arrêter, sans se retourner, sans même nous regarder, sans s' essouffler, sans comprendre pourquoi il court… Il est régulier, il donne l' impression qu' il ne s' arrêtera jamais. Il court et rien ne l' arrêtera, aucun obstacle ne l' empêchera à jamais, de courir toute l’ éternité. Il court, que dis-je, c’ est une course sans fin qu’ il doit penser bientôt terminer.

 

- Pourquoi court-il ?

 

- Il court pour oublier, il court pour  mettre son passé derrière lui, il court pour oublier sa vie, il court pour n’ être qu’ un coureur, rien d’autre, il court sans penser qu’ il court, il court sans penser à l’ Homme. Il court car il est coureur, et à travers l’ espace, il court en laissant sa trace. Je ne sais pas après quoi il court, mais il court, et je ne sais pas pourquoi il court, mais il court, simplement.

 

- Mais qui est-il ?

 

- Vous me demandez qui il est ? Je ne le sais pas vraiment. Je pense que lui-même ne le sait plus. Je vous l' ai dis, il court pour oublier. Il court depuis si longtemps, impossible qu' il s' en souvienne encore, même s' il avait de bonnes raisons, il n'  est plus qu' un coureur, qui court toujours, encore et encore, il a oublié jusqu' à son nom.

 

- Mais jusqu' où va-t-il ?

 

- Il court sans cesse, droit devant lui, il court sans chercher d' arrivée, il court sans s' embarrasser de s' arrêter un jour. Il n' a pas imaginé un seul instant s' arrêter. Il court sans s' imposer une halte, il court dans une course contre lui-même, il court dans un parcours dont le début ressemble à la fin, il court dans cet état qui est le sien, il court sans point de repère, il court sans savoir qu' il pourrait s' arrêter, il court dans un esprit de continuité, il court et c' est pour l' éternité.

 

- Il va se fatiguer ! Il va s' arrêter ! Ce n' est pas possible ! Mais depuis quand court-il ?

 

- Son corps est en mouvement depuis la nuit des temps, sa chair, ses muscles, sa peau, son squelette, perpétuellement en mouvement. Il s' est habitué à sa course. Il court. Il a commencé à courir un jour, au commencement du Jour, peut-être a-t-il toujours couru, je ne sais pas, moi, je le suis, et j' oublie un peu aussi. Il court depuis le commencement de la vie, mais je le soupçonne de courir depuis plus longtemps encore… Il court depuis que je suis né, mais il courrait déjà avant. Je pense qu' il courra toujours lorsque je ne serai plus, et que mes cendres seront éparpillées aux quatre vents, lui, courra toujours aussi rapidement. Il courra après ma mort, encore, et après la votre, il se moque de mourir, et ne souhaite que courir.

 

- Que sait-on de lui ?

 

- Ce que l' on en sait est ce que l' on en dit. Sa vitesse est régulière, jamais il ne s' arrête, jamais il n' accélère, jamais il ne ralentit, il courra tant qu' il y aura de la vie. Peut-être même ensuite, lorsque l' Homme aura disparu, peut-être encore courra-t-il ?

 

- A-t-il un nom ?

 

- Oui, en effet, l' Homme l' a nommé, simplement : Temporalité.




Tags : concours ecriture escapades no

Ajouté le 16:05 à 4/1/2008
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Je mets en ligne mes écrits, sans prétention et sans ménagement. En espérant, pas forcément vous plaire, mais au moins vous sortir pour quelques temps de l'ordinaire.

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