Je me réveille en sueur. Je crois même avoir crié. Mes yeux scrutent l' obscurité ambiante. Peu à peu le cauchemar s' estompe, je ne sais même plus ce qui m' a mis dans un tel état. Ma mémoire bloque. Malheureusement cela arrive souvent avec les rêves.
Je tremble encore et mon lit est tout moite de sueur. Je me demande bien ce qui a pu me mettre dans un tel état. Mais j' ai le cerveau quelque peu embrouillé. Je cherche à tâtons sur le coté gauche du lit l' interrupteur, le trouve et appuie.
En une fraction de seconde, la lumière jaune vif apparaît et m' oblige à fermer les yeux.
Après m' être habitué à la lumière, je regarde mon réveil. Il est onze heures quarante - deux, la température de mon appartement est à 22 °C et dehors le temps est ensoleillé avec 25 °C.
Le corps encore engourdie, je m' extraie des draps trempés et j' amorce la première action de chaque être humain le matin, j' enfile donc mes chaussons et file aux toilettes. Dans la salle de bain, je regarde ma tête dans le miroir. Je ne suis pas beau à voir, on dirait que je me suis battu toute la nuit au lieu de dormir. Ce qui est sur c' est que je ne suis absolument pas reposé. Je suis même un peu nerveux de ne pas me souvenir de mon cauchemar.
L' eau bout dans la théière, l' ordinateur ronronne en se démarrant, et en attendant le juste début des choses, j' allume la télé et zappe nonchalamment entre mes dizaines de chaînes. Je reste sur LCI qui débite les actualités du jour. Rien ne change, le nombre de morts sans cesse grandissant en Irak, le conflit Israélo - palestiniens toujours aussi engagé, la guerre entre Russes et Géorgiens, la guerre dans les Balkans qui continue à faire des séquelles, la répression des Chinois envers les Tibétains, les conflits entre des dictateurs en l' Afrique... Les conflits, les guerres, toujours le même programme aux actualités.
Je déguste mon café du matin, (trois cuillères de café soluble, cinq sucres, tasse moyenne) tout en me disant que le monde est un incroyable bordel, un dîner complètement raté, où on aimerait être seulement un invité et pouvoir se défiler vite avant le dessert; malheureusement, nous sommes les hôtes et c' est à nous de régler les choses et non de se défiler. Quoique.
Donc la télé criarde montre des morts, des morts et encore des morts. Des coalitions, des traités de paix, des attentats terroristes, des représailles, bref, des conflits qui ne se termineront jamais. Rien de nouveau ni d' effrayant pour le petit français basique que je suis.Nous, on gueule déjà contre la baisse du pouvoir d' achat, et contre ce président qui ne nous apporte rien sinon des ennuis, alors vous comprenez, les conflits, les guerres, cela nous passe bien au dessus
Oui ce monde va à la dérive et pourtant nous fermons les yeux. Après tout, pour vivre heureux, vivons égoïstes. Et puis ce n' est pas mon pays qui va se faire attaquer, puisqu' il est dans le top trois des pays qui vendent le plus d' armes dans le monde. Oui. L' individualisme, voilà le mal de notre siècle, ce qui nous empêche de contester les choses, le pouvoir établi, les inégalités et l' injustice, les dictatures et tout ce qui ne va pas dans ce triste monde...
Je m' interroge, serai - je un bon politicien ? Je ne pense pas. Il me faudrait alors mentir et trahir mes idéaux, voilà bien une chose dont je serai incapable. Enfin je le crois.
Bref, après ce café anarchiste, j' émerge doucement de mon empathie pro délirante, et je me demande maintenant que faire de ma journée déjà bien commencée.
J' ai encore pas mal de temps à passer sur mon manuscrit pour pouvoir présenter une oeuvre cohérente aux maisons d' éditions. Mais j' ai aussi toute la vie devant moi, me laissais - je convaincre par moi - même. C' est décidé, aujourd' hui sera jour de relâche. Et puis une chose continue à me déranger. C' est en rapport avec mon cauchemar de cette nuit. Je n' arrive pas à rester totalement concentré. Quelque chose dans ma tête essaye de me montrer ce qui cloche. Et je n' arrive pas à trouver ce que c' est.
Même si mon café, sucré à tel point que c' est le café qui a choppé un cancer, m' a réveillé à l' intérieur du corps,je continue à garder la tête embrumée.
Je mets de la musique et pars sous la douche, en quête d' un réveil total. Mais même après une agréable douche, mon esprit reste toujours en une sorte de panne moteur. Je me sens profondément las et fatigué. Le café a réveillé ma faim, enfin, il est environ quatorze heures maintenant. Je cuisine quelque chose de rapide, donc sans réellement cuisiner.
Il est presque quinze heures et je suis opérationnel : habillé et prêt à affronter le monde ! Sauf que je suis partagé entre le fait de sortir et de rester pour me reposer. Mon crâne reste assez douloureux. J' ai beau avoir pris des aspirines, rien ne semble changer cet état.
Je décide, vu l' heure déjà avancée de la journée, de rester at home et de lire un peu en cherchant le sommeil réparateur d' une bonne sieste. Je choisis dans ma bibliothèque un livre assez obscur qui me fera dormir vite, mon choix se porte sur Freud et l' interprétation des rêves, un livre assez à - propos. Je m' allonge sur mon lit, la musique est maintenant basse, douce et sans paroles. Je me sens déjà profondément engourdi.
C' est alors qu' un flash de mon cauchemar me vient. Une bribe, rescapée dans mon inconscience, qui se révèle à moi et m' effraie alors.
Pour une raison qui m' est totalement inconnue, quelque chose me fait comprendre que je ne dois pas m' endormir. Que je ne dois pas dormir, absolument pas. Ou alors je rejoindrais encore ce terrible cauchemar, et je sens que je n' arriverais pas à en ressortir.
Je ressens cela comme une sorte d' intuition, d' avertissement. Une sorte de grand panneau attention danger dans mon esprit me met en garde.
Je suis partagé, étrangement, entre penser que tout cela est d' une stupidité sans nom et que je m' effraie moi - même pour rien, mais que d' un autre côté, quelque chose cloche et qu il est fort possible que je ne doive pas m' endormir.
Voilà une étrange situation qui ne m' était jamais arrivé de voir, sauf peut êtredans un mauvais scénario de série B, c' est dire. Pourtant l' inverse m' est déjà arrivé : être dans un cauchemar et vouloir en sortir. Me voilà maintenant dans la réalité et redoutant de retourner dans un cauchemar. C' est grotesque.
De même, il m' est déjà arrivé de souhaiter retourner dans un rêve particulièrement agréable, vous savez, ce genre de rêve où on vole au dessus des autres, où on est riche à millions, où il n' existe plus aucun problème, où tout va bien pour le meilleur des mondes Je ne vous parle même pas des délicieux rêves érotiques qu' on aimerait revivre plus souvent. Bref si c' est possible qu' il y ait des rêves où l' ont veux retourner, il est sans doute possible qu' il y ait des cauchemars dans lesquels on redoute de retomber.
Mais là, je ressens surtout une sensation étrange, dissuasive, plutôt indéfinissable, qui me dit de tout faire pour rester éveillé.
Malheureusement, avec toutes ces pensées et ce mal de crâne qui les accompagne, tout mon être se sent terriblement fatigué. Je commence même à bailler. Je suis dans un de ces fameux coups de barre où le mieux à faire est d' attendre que cela se passe.
Mais justement, plus le temps passe et plus j' ai peur de m' endormir, car cela signifierait retourner dans ce cauchemar qui m' effraie au point de me hanter en dehors de mon sommeil. Je veux m' accrocher à cette réalité, qui n' est pourtant pas si idyllique, mais qui est la mienne après tout. Je ne pas me reperdre dans les méandres obscurs de l' autre dimension qu' est mon inconscience.
Le temps semble s' accélérer et ma tête devient de plomb. Mon envie de lutter s' affaiblit face à la fatigue qui a gagné tout mon corps et à ce crâne qui résonne encore plus vite que les battements de mon coeur.
Je me lève dans un lent et difficile mouvement et entreprend de faire du café pour me réveiller un peu, pour ne pas abandonner maintenant. J' ai besoin de caféine, d' adrénaline ou n' importe quelle substance qui puisse me tenir un peu plus éveillé.
Je commence à me sentir fiévreux et paniqué à l' idée de fermer mes yeux. Pourtant mes paupières ne cessent de s' attarder sur ces derniers. J' essaye par tous les moyens de me sortir de ma gélatineuse torpeur. J' envisage de boire un petit verre d' alcool, un fond de vodka traînant dans mon frigo. Cela me brûle bien la gorge mais ne me sort que quelques instants de mon anormal état. Je laisse tomber l' idée de l' alcool en me justifiant qu' un second état anormal ne serait certainement pas pour m' aider.
J' entreprends alors de mettre de la musique stressante, le genre rythmé dans la limite du supportable. Je trouve en quelques clics sur internet les dernières niaiseries à la mode et met le volume au plus fort. Je ne m' en sens que plus las encore. Cela va plutôt énerver les voisins que me permettre de retrouver la forme. Je laisse aussi tomber la musique.
En dernier recours, je commence à me pincer un peu partout sur le corps, la douleur permettant je crois de sécréter une sorte de stimuli corporel. Au bout du onzième pincement, je ne ressens plus rien du tout.
J' ai perdu la notion du temps, je ne sais plus si il est dix - sept heures, vingt heures ou même minuit. J' ai aussi perdu toute sensation, que ce soit le toucher, l' ouï mais aussi la faim, la soif. Rien excepté l' irrémédiable envie de dormir.
Ma tête est si lourde, mes paupières encore plus, le café ne fait aucun effet, j' ai beau chercher à lutter, je n' en ai plus la force. Quelque chose me rappelle à elle dans le sommeil. Et cela m' horrifie au plus haut point. Je suis à peine conscient de tout ce qui m' entoure. Je me sens m' allonger sur mon lit, par un incroyable miracle, ou plutôt par une incroyable attraction. Je commence, malgré moi, à basculer dans le pays des songes.
Je vois apparaître devant moi une porte, énorme, entrebâillée, qui semble détenir le secret de mon destin derrière elle. Rien ne peut expliquer pourquoi je ne vois que cette porte ni que désormais mon seul but est de la franchir. Mais je ne cherche plus à comprendre quoique ce soit, et je pousse la porte
Je mets en ligne mes écrits, sans prétention et sans ménagement. En espérant, pas forcément vous plaire, mais au moins vous sortir pour quelques temps de l'ordinaire.