Je me retrouve, toujours nu, enchaîné, la tête en bas, sur une croix de métal brûlant.
Je vois tout autour de moi une atmosphère ardente, dichromatique. Partagée de noir effrayant et de rouge sanguinolent, faite de flammes et sang, d’ ombres et de ténèbres.
Je suis en enfer. Enfin, dans un enfer où je ressens à la fois la douleur physiquement et psychologiquement.
Mon crâne est le champ de bataille de tourments sans nom, chaotiques, dont j’ ignorais jusqu’ à l’ existence.
Je subis des visions atroces de toute souffrance humaine, de tous ceux qui me sont chers, parents, famille, amis, proches, êtres humains.
Je vois la barbarie humanisée, le détestable aspect belliqueux et sans fin des hommes, les tueries sans états d’ âme, les génocides sans nom, l’ extermination collective sans visage.
Je vois la mort dans l’ œuf, tuer un enfant de peur qu’ un jour il devienne un ennemi. Je vois malgré moi la violence mondiale sans limite, l’ inépuisable recherche de la disparition des autres, je vois les tyrans massacrant à la chaîne avec l’ aval des hommes pensant bien penser. Je vois la mort partout, la destruction, le désespoir total, l’ injustice et les cris…
Les cris de tous les innocents, de toutes ces morts gâchées, de tout ce gâchis.
Je me demande comment j’ ai pu croire si longtemps en l’ humanité.
Je ne fais que le constat de toute cette incompréhension.
J’ ai honte. Honte d’ être un être humain. J’ ai honte que ma race se soit promulguée la plus puissante de tous les animaux. J’ ai honte de cette erreur, car je vois bien que nous sommes encore loin d’ atteindre la sagesse des animaux.
Je ne suis que face aux innombrables crimes innommables de l’ espèce humaine.
Et je souhaite ne jamais avoir existé, je souhaite que tout cela n’ ait jamais existé.
Je souhaite fermer mes yeux, oublier ces images, je souhaite fuir loin de cette réalité.
Je souhaite fuir, fuir, fuir aussi loin que possible, ne pas m’ occuper des problèmes de mon espèce et ne me préoccuper que de moi, je ne veux pas payer pour les autres, je ne veux pas me considérer comme eux, je ne veux pas…
Et pourtant les images continuent à défiler à travers mon esprit.
Je suis fatigué, je veux que tout s’ arrête. Tout. Et tous aussi.
Je veux que nous cessions immédiatement notre destruction, ainsi que celle de tous ces innocents qui nous entourent. Stop. Je ne peux accepter de telles choses. Je ne peux assumer de telles choses. Je ne peux plus me reconnaître humain…
Je cherche à freiner le processus des images dans ma tête, je me fixe sur des détails, sur certaines images en particulier, pour ralentir ce flot de haine.
Je vois les hommes tuer par idéologie et par intérêt, je vois le terrorisme aveugle et aveuglé, je me focalise maintenant sur le pouvoir sans cesse grandissant des sectes nommées religions, qui ne cherchent qu’ à s' imposer face aux autres.
Je me focalise encore d’ avantage sur ce sujet, je vois que certaines sectes prônent la non violence, comme par exemple le bouddhisme, mais je vois que ce genre de pensée est irrémédiablement pourchassée, condamnée, pour être détruite.
Attitude déviante.
On supprime les déviants pour ne pas avoir à réfléchir aux problèmes.
Classique chez l’ homme.
Mon âme n’ en peut plus. Elle a subit la destruction totale de ce en quoi elle croyait, de la paix, de la réconciliation des peuples et de la cohabitation entre les hommes, de l’ ouverture d’ esprit, de la tolérance, de la clémence, de la prise de conscience de l’ humanité. Tout. Tout est balayé de mon esprit.
Physiquement, la douleur est encore pire. Chaque partie de mon corps me brûle, m’ irrite, me ronge, m’ élance dans de profondes souffrances. Chaque molécule qui compose mon corps semble se détruire sans cesse et se rétablir aussitôt ne laissant que d’ infinis tourments déferler sur tout le long de mon corps.
Je ressens tout avec une extrême sensibilité, les sensations sont insoutenables et je ne peux me dérober par la perte de connaissance ou par la mort, je suis condamné à souffrir sans cesse. Je suffoque de douleur, je me sens exploser, m’ enflammer, me démembrer, m’ écrabouiller à chaque seconde et renaître à la seconde suivante pour recommencer le cycle d’ atrocités…
Avertissement
Complètement choqué, je m’ effondre à terre, par chance sur la case noire sous mes pieds.
L’ épreuve a été horrible. Je n’ arrive pas à reprendre mon souffle, mon cœur frappe huit pulsations par seconde, j’ ai du sang qui coule du nez et des oreilles, mais aussi par les yeux.
A bout.
Je plonge ma respiration et mon souffle dans un long cri et commence à pleurer, plus fort que jamais.
Je ne sais plus que faire. A quoi bon continuer ? Et puis continuer à faire quoi d’ abord ? Je ne le sais même pas moi - même.
La réalité me revient alors doucement, je suis toujours dans ce maudit endroit, improbable labyrinthe de noir et blanc.
Je me relève péniblement, appréhendant de souffrir le martyr que j’ ai souffert pendant cette vision.
J’ ai voulu tricher. Et si le blanc est la couleur d’ une agréable vision et le noir celui d’ une mauvaise, le rouge est simplement une torture.
Devant moi une case blanche, numérotée 6. Je lève les yeux et scrute au loin. La sortie a disparut !
Je ne vois plus rien, au fond, devant moi. Mon regard cherche désespérément la sortie.
A ma grande surprise, elle se trouve désormais sur ma gauche. Sans doute existe - t - il plusieurs issus, ou alors elle se déplace à chaque tricherie.
Espérons qu’ elle ne va plus bouger. Je pose donc mes pieds sur la case blanche…
Paradisus
Tout s’ évapore autour de moi, je suis entouré de limbes blanches et ensoleillées. Puis, les couleurs m’ apparaissent enfin.
Je me trouve dans un magnifique champ composé d’ une multitude de fleurs de toutes les couleurs.
Je suis toujours nu et je ressens la douce caresse du vent contre ma peau.
Il fait chaud, pas un seul nuage noir à l’ horizon.
Tout est bucolique. Il n’ y a que moi et la nature, magnifique, sauvage, nue elle aussi.
Toute cette beauté m’ est révélée simplement. Je me sens en parfaite symbiose avec le bel environnement de la Terre.
Au loin je distingue un petit bosquet.
Je m’ approche doucement, laissant les fleurs effleurer ma peau de leurs pétales.
Près du bosquet, un petit ruisseau, rafraîchissant, coule calmement. Les arbres sont couverts de fruits qui semblent très goûteux et nourriciers.
Je n’ entend ni ne vois aucun insecte ou animal. A part de grandioses oiseaux de paradis, multicolores, sillonnant le ciel et bariolant le bleu clair de leurs couleurs éclatantes. On se croirait au jardin d’ Éden.
Il fait tellement bon et il est tellement agréable d’ être en ce lieu ! Il ne manquerait que…
Je perçois un mouvement derrière un arbre. Une chose vient de bouger non loin de moi. Une silhouette. Je m’ approche avec un sentiment de curiosité croissant.
Une jeune femme me sourit. Elle a les cheveux éperdument longs, un visage fin, une peau si blanche, des yeux si merveilleux.
Je tombe immédiatement à ses pieds. Elle est nue elle aussi et son corps est si magnifique. Je ne pense plus du tout à ma solitude, je me vois déjà ne plus la quitter. Ses fossettes se mettent à rougir, elle me sourit d’ avantage, révélant ses dents aussi blanches que la lumière aveuglante qui m’ a conduite en un tel lieu.
Le paradis existe-t-il donc ?
Elle prend ma main et me relève. Aucun mot ne sort de nos corps, nous n’ en avons pas besoin, il suffit de rester les yeux dans les yeux pour se comprendre.
Nous nous asseyons à l’ ombre d’un arbre, près du ruisseau, et nous commençons alors à nous embrasser. D’ abord timidement puis avec fougue. Une folle ardeur nous anime, nous nous allongeons sans nous arrêter de nous enlacer amoureusement.
Nous nous sommes alors laisser aller aux plaisirs charnels, qui furent les plus grands bonheurs de cet endroit.
Notre désir ne se contentait pas, nous ne cessions de recommencer au point de perdre le compte.
Nous nous sommes arrêté parfois pour aller nager dans le ruisseau ou bien manger les délicieux fruits des arbres.
Nous n’ avions aucunement froid, tout était idéal en ce lieu, intemporel, éternel et d’ une jouissance infinie.
Au moment où je commençais à m’ habituer de ce havre de paix, elle se leva et me quitta.
Je me levais à mon tour et entreprit de la rattraper. Je ne voulais laisser partir mon enchanteresse.
Elle se mit à courir et je couru à mon tour. Elle s’ éloignait vite, je me suis élancé, pensant tomber sur elle pour l’ arrêter… au lieu de cela, je perd l’ équilibre et tout s’ évapore autour de moi.
On vous avait pourtant prévenu
Je retrouve l’ univers du labyrinthe, en plein milieu de mon mouvement. Je m’écroule au sol de tout mon long, en même temps que mes illusions.
Je me suis étalé sur trois cases à la fois… Trois cases noires… 6, 6 et 4.
Ce que je réprouve se produit : une alarme retentit, les cases deviennent rouges et le chiffre 16 apparaît…
Apparemment les contes semblent vous plaire. Alors aujourd’ hui, chers petits enfants, je vais vous conter l’ histoire du prince de trois sous.
Il était une fois, car cela doit toujours commencer ainsi, un groupe d’ enfants. Ils étaient nombreux et restaient toujours ensemble. Jamais ils ne se séparaient. Ils marchaient ensemble, ils mangeaient ensemble et ils dormaient ensemble. Ils parcouraient le royaume de Jadis à la recherche d’ un prince de six sous. En effet, le roi venant de s’ éteindre, partout dans le royaume ces enfants allaient de villes en villes, de villages en villages et de maisons en maisons, quémandant un prince de six sous qui devait remplacer le défunt roi de Pacotille.
Un jour, ces enfants arrivèrent dans mon village. Avec politesse et insistance ils demandaient où pouvait se trouver un prince de six sous. Êtes - vous un prince de six sous ? Savez vous où peut - on trouver un prince de six sous ? Avez - vous déjà vu un prince de six sous ? Ils interrogèrent tout le village. Malheureusement pour moi, j’ étais de descendance de princes, mais seulement un petit prince de trois sous. Les enfants étaient tristes de ne point trouver leur nouveau roi et étaient déçus de ne trouver qu’ un insuffisant prince de trois sous. Ils repartirent alors en direction du prochain village. La quête de ses enfants m’ avait touché. Je souhaitais tellement leur venir en aide que je les ai suivis, délaissant ma maison, mon village et mes amis.
Les enfants acceptèrent que je les accompagne. Nous traversâmes ensemble de nombreuses forêts parfois effrayantes, des vastes plaines sans ombre, des sentiers tortueux, des petites montagnes et des grands sommets, des champs et des vergers fleuris, des marais boueux et nombreux chemins sinueux.
Nous avons visité tellement de villages et d’ endroits différents que j’ en ai perdu le compte, mais pas le conte. Ainsi, dans chaque endroit, pas une fois nous trouvâmes un prince de six sous. Il arrivait parfois qu’ on trouve un prince d’ un sous ou deux. Mais aucun ne répondait aux exigences de ce groupe d’enfants.
Avec le temps nous sommes devenus amis, ces enfants et moi. Ils m’ expliquèrent que c’ était le rôle des enfants de choisir leur roi car celui - ci serait alors bienveillant envers eux toute sa vie. Un roi choisie est plus intelligent qu’ un roi qui se désigne lui - même. De plus, la tradition voulait que les enfants ne choisissent qu’ un homme exceptionnel, un prince ayant déjà la fortune et le pouvoir : le pouvoir de gouverner intelligemment et en accord avec le peuple, et la fortune d’ au moins six sous.
Je leur racontais alors ma propre histoire, j’ étais un fils d’un vieux sage, prince de deux sous et demi et j’ avais reçu de lui une partie de sa sagesse et sa fortune, mais je n’ étais pas encore assez riche pour pouvoir prétendre au trône. C’ était d’ ailleurs une chose que je n’ avais pas envisagé, me sentant bien heureux dans mon petit village.
Plus le temps passait et plus nous avions exploré la totalité des territoires du royaume de Jadis. Encore plus désespérés, les enfants se confiaient souvent à moi, me racontant leurs craintes et leurs attentes. Ils avaient peur d’ échouer dans leur mission de trouver le prochain successeur du feu roi de Pacotille. Là bas, tout au fond du royaume de Jadis, dans les terres encore mal connues car tellement éloignées de toute civilisation, les enfants prirent la terrible décision d’ abandonner et de rebrousser chemin.
Néanmoins sur le retour, à chaque ville, chaque village, chaque maison où nous étions déjà passés, des enfants nous attendaient avec de grands sourires, mêlant espoir et tristesse. Chaque groupe d’ enfants rencontré rejoignit nos rangs et apporta avec lui quelques deniers trouvés ça et là. Un vrai trésor commença à s’ établir dans ce groupe d’ enfants, sans cesse grandissant.
A la moitié du retour nous avions déjà assez de deniers pour compter en sols. Notre groupe était maintenant immense, et chacun retrouvait le sourire en voyant notre unité. Revenant ainsi à la capitale, la ville du roi défunt, les enfants, innombrables, se rassemblèrent dans la cour du château. Intrigué, je continuais à les suivre. Ils comptèrent l’ argent récolté grâce à chacun. Les comptes furent longs car les pièces étaient toutes de petites valeurs. Mais après avoir compté et vérifié trois fois la somme, ils soupirèrent. Apparemment il n’ y avait pas le compte qu’ ils espéraient. C’ est alors qu’ un enfant, puis deux, puis cinq, puis dix, puis trente, puis cent se tournèrent vers moi avec un regard étrange, illuminé par une révélation qu’ ils venaient d’ avoir et qui m’ échappait alors encore.
Les enfants prirent la parole d’ une seule et même voix pour m’ annoncer qu’ ils avaient récolté exactement la somme de trois sous. Je compris alors où ils voulaient en venir. Ils me demandèrent de rajouter mes trois sous et de devenir le prince de six sous qu’ ils avaient tant cherché. Je ne pus refuser une telle proposition et lorsque je dis « Oui j’ accepte », tous les enfants s’ agenouillèrent et me firent une respectueuse révérence d' allégence. Mais je ne tardais pas à leur demander de se relever, car si je voulais bien devenir le nouveau roi, c’ était en parti,exactement en moitié, grâce à eux. Ainsi je leur annonçais que je ne voulais un pouvoir totalitaire mais un pouvoir partagé entre moi et les enfants du royaume de Jadis, qui étaient beaucoup plus sage qu’ un prince, même un prince de six sous…
Je vous épargne le fameux " Ils furent heureux et vécurent très longtemps " Vous l' avez compris, tout cela n' est qu' un conte... Mais un joli conte quand même.
Effondrée et en larmes, elle passa la plus grande partie de la nuit à gémir son désespoir. Sur son lit, allongée dans le noir, elle ne cessait d’ enlacer son oreiller et de sangloter abondamment. Elle était un stock inépuisable de liquides, un réservoir de chagrin ; le torrent de ses pleurs et les ruisseaux de bave de sa bouche mouillaient le pauvre édredon et une partie du lit aussi. Il était heureux qu’ elle n’ ait pas de voisin, sans cela elle les aurait privé de sommeil. Sa peine était immense, jamais on ne vit telle puissance de douleur dans les pleurs d’ un homme. Ceux - ci étaient ceux d’ une femme, et l’ étaient de nombreuses fois supérieures. Un tel malheur lui amena à perdre progressivement la voix. Elle s’ époustoufla alors en silence, dans son lit, cramponnée à son oreiller, hurlant sans bruit sa profonde détresse. A l’ aurore, son organisme fût clément et la fatigue accumulée de tous ces pleurs l’ emportèrent dans le royaume du songe, où elle ne croisa aucun rêve. Bien que court, on aurait pu penser que ce sommeil, précédé de tant de larmes, aurait assouplit son bouleversement. Il n’ en était rien et dès qu’ elle rouvrit les yeux, prenant conscience d’ avoir dormi et se remémorant immédiatement la cause de son chagrin, elle se remit à pleurer. D’ abord doucement, pensant que le mal le plus important était passé, elle se détrompa vite et sa douleur revint encore plus forte, plus affligée, clouant la pauvre malheureuse sur place. Puis les gémissements et longs reniflements du nez avaient laissé leur place aux cris étouffés dans le traversin encore humide et à un nouveau fleuve de larmes. Quiconque aurait entendu une telle tristesse aurait été touché par une si grande détresse et serait venu la réconforter. Or, il n’ y avait personne à venir l’ aider. Personne pour la calmer et la sortir de son état second, sans faim, sans soif, la seule envie étant de pleurer encore et toujours...
Qui aurait pu penser que la disparition de cette chaussette dans son bac à linges aurait pu à ce point la toucher ?
Pourquoi j’ aime toutes les femmes qui ont croisé ma vie ?
Pourquoi j’ aime toutes les femmes ?
Pourquoi j’ aime tout le monde ?
Pourquoi j’ aime ?
Suis - je complètement fou
Rêveur,
Irréaliste,
Utopiste
Ou que sais - je encore
Pour croire en la vie,
En l’ Homme,
En l’ Humanité ?
Pourquoi je me sens si seul dans cette situation ?
Pourquoi personne ne pense comme moi ?
Suis - je en voie d’ extinction ?
Ou au contraire l’ un des premiers à le penser ?
Comment dois - je réagir au monde
Qui m’ entoure
Alors que je ne l’ aime pas
Et que je voudrais
Totalement le changer ?
Pourquoi je refuse
De croire en un dieu ?
Pourquoi je préfère croire
En l’ Homme ?
Pourquoi plus personne
Ne se fait confiance ?
Pourquoi tirer
Sur l’ambulance ?
Pourquoi mon stylo
S’ éteint peu à peu ?
On cherche à effacer ce que j’ ai à dire !
On cherche à m’ effacer !
Non !
Je vous dis Non !
Et confirme mon anticonformisme.
"L' homme de Tian'anmen", le 5 juin 1989.
Il faut savoir ce que l'on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire. Quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire. Georges Clemenceau.
Je mets en ligne mes écrits, sans prétention et sans ménagement. En espérant, pas forcément vous plaire, mais au moins vous sortir pour quelques temps de l'ordinaire.