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Escapades Nocturnes | Bloguez.com

La ville où les gens regardaient en l'air

 


 


            Je vous demande pardon, lectrice, lecteur, pour mon petit silence. Il me faut vous conter l’étrange aventure qu’il m’est advenu il y a de nombreux jours et qui explique mon retard dans la mise en ligne de ce billet. Pour bien vous narrer toute l’histoire, il me faut remonter douze jours en arrière.

 

            Dernièrement, je fus convié à une soirée mondaine, à la grise capitale - ou plutôt obligé d’assister ! - puisqu’elle était organisée par mon éditeur en l’honneur de mon dernier roman. (Vous remarquerez la subtile publicité que je viens de me faire). Il faut vous dire que je hais les soirées mondaines. Tous les gens présents étaient soit des connaissances, des proches et des gens du métier, qui se félicitaient de me connaître, moi et mon succès, ou alors des figures littéraires en vue qui prenaient le soin d’être présentes mais qui n’hésiteront certainement pas à m’assaillir de critiques massacrantes.

           

            Je distribuais donc les banalités d’usages que l’on attendait de moi, répondait aux idiotes questions habituelles « quand écrivez vous », « avec quoi écrivez vous », « sur quoi écrivez vous actuellement », auxquelles je confiais « uniquement le soir entre 18h30 et 19h15 monsieur », « j’écris uniquement avec un crayon fusain pointe numéro 7 sur des feuilles de papiers recyclées brunes madame », « j’écris en ce moment une étude historique sur le rôle des Illuminatis dans la destruction des peuples primitifs de Papouasie orientale mademoiselle »…

 

            Bref, mon seul soulagement, c’est que je peux leur dire n’importe quoi, ces gens-là ne me lisent pas, ces gens-là ne s’intéressent à moi que pour ensuite dire « je connais untel, j’ai discuté avec lui la semaine dernière », ces gens-là sont simplement d’apparence et ne m’intéressent pas. Mais je me dois de rester présentable devant ces gens-là, car cela fait parti du jeu.

 

            J’étais donc là, en train de m’ennuyer mondainement, quand on m’a présenté Pierrick, un réalisateur talentueux entre autres, à peine plus vieux que moi, et qui ne savait pas plus que moi ce qu’il faisait là. Il avait reçu un carton d’invitation, sans doute par erreur, et n’ayant rien d’autre à faire, il était venu par curiosité. Il ne savait même pas qui j’étais, ce qui dans ce contexte précis, me fut un soulagement sans nom.

 

            Nous avons commencé à discuter ensemble et je me suis pris d’affection pour lui. De plus, Pierrick ne me parlait pas de littérature, ce qui me réconforta grandement. Je ne saurais vous dire exactement par quel fil de la vaste discussion que nous avons eu nous en sommes arrivés à ce sujet-là, mais en revanche, je me souviens de chacun des mots de l'histoire qu'il me raconta, tellement elle me marqua.

 

            Pierrick était parti, il y a peu, se ressourcer loin de tout, dans une petite ville du Massif Central. La route avait été longue depuis Paris et il arriva vers la fin de l’après midi dans ladite ville. Fatigué et courbaturé par le voyage, il s’était directement mit en quête d’un hôtel pour réserver plusieurs nuits.

 

            La ville était très silencieuse et Pierrick remarqua vite que les rares voitures qu’il pouvait voir étaient toutes à l’arrêt, toutes étaient des voitures étrangères à la ville, sans doute des touristes se dit-il. Étrange néanmoins qu’aucune voiture n’était immatriculée du département.

 

            Sans s’en soucier d’avantage, Pierrick remarqua que malgré l’absence de voiture dans les rues, la ville n’était pas déserte pour autant. C’était même l’inverse : il y avait vraiment une grande foule dans les rues de la ville. Du monde partout, mais alors vraiment partout.

 

            C’est alors que Pierrick prit conscience de l’étrange phénomène. Il roulait prudemment, avec l’intuition qu’il y avait un petit quelque chose d’étrange dans cette ville, quand deux passants traversèrent devant lui sans prévenir, l’obligeant à freiner sèchement pour éviter l’accident. Or ces deux personnes ne s’étaient nullement arrêtées, il semblait qu’elles n’aient même pas remarqué la présence de Pierrick. Elles avaient la tête en l’air, les yeux rivés vers le ciel.

 

            Assez surpris, Pierrick sortir de son véhicule et essaya de suivre les deux passants pour avoir une explication. Il était préoccupé par son incident et ne remarqua donc que tardivement que toutes les personnes autour de lui ne s’étaient absolument pas préoccupées de lui, que toutes avaient la tête en l’air, regards envoutés par le ciel.

 

            Pierrick resta perplexe, regarda à son tour dans le ciel et fut subjugué. Selon ses mots, il n’était pas possible de décrire ce qu’il y avait dans le ciel, la seule chose qu’il a pu me dire c’est qu’il n’avait regardé que quelques secondes qui lui avaient parues être éternité et qu’il avait eu beaucoup de mal à baisser les yeux, à se reprendre. Il m’a dit avoir éprouvé une paralysante envie de rester à regarder le ciel comme tout le monde autour de lui. Il se sentait léger, complètement en dehors du monde des hommes, il se sentait élément parmi les éléments, il sentait qu’il allait s’envoler.

 

            Pierrick a pris peur de ce phénomène, il a couru à sa voiture, se cala au fond de son siège pour ne pas voir le moindre bout du ciel et pris rapidement la poudre d’escampette sans se retourner. Une fois plusieurs kilomètres parcourus, il ne pouvait plus s’en empêcher, il s’arrêta sur le bas côté et sortit regarder encore une fois le ciel. Cette fois-ci, le ciel était parfaitement banal, il n’y avait plus du tout ce côté envouteur et hypnotique qu’il avait pu ressentir auparavant.

 

            Après avoir longuement regardé Pierrick dans les yeux pour essayer de voir s’il ne se moquait simplement pas de moi, j’ai compris qu’il disait vrai. Je fus submergé de questions. Celle que je réussi à formuler fut de savoir comment il était possible de faire quoique ce soit, d’aller où que ce soit, tout en restant la tête plongée dans les nuages. Le visage de Pierrick s’adoucit d’un seul coup et il me répondit que la réponse devait être écrite dans le ciel.

 

            J’avais du mal à prendre au sérieux cette histoire, j’ai donc demandé à Pierrick de me dire où se trouvait cette étrange ville où les gens regardaient sans cesse en l’air… Et je suis allé voir par moi-même.

 

 

            Voilà la raison de mon absence, j’ai découvert quelque chose d’absolument impossible à vous décrire, malgré tous les mots que je possède. Cela est unique, cela est apaisant, cela existe bel et bien. Je suis revenu ici écrire cette histoire, mais il ne fait pas l’ombre d’un doute que je vais y retourner dès que je vous aurais achevé mon récit. Je n’ose vous dire où se trouve cette ville, je préfère garder le secret, par peur que vous non plus, vous ne puissiez plus en repartir la tête sur les épaules et non dans les nuages.



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Remis de ses émotions, Pierrick a tenté de faire comprendre ce que nous avons pu ressentir dans cette fameuse ville...


Pierrick Servais, Oscuramento.


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Ajouté le 18:44 à 14/9/2009
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Attentat

 


 

Journal télévisé

France 2

19/07/08

Sixième sujet

 

«  Inquiétant vol dans la base de Corbas, dans la région de Lyon, où lors d’une vérification de routine, la disparition de 28 kilos d’explosifs a été découverte. Une enquête officielle a été ouverte. D’après les premiers éléments de l’enquête, il semblerait que le vol puisse dater d’il y a déjà plusieurs semaines. Les explosifs volés sont des dérivés d’explosifs puissants, de type semtex ou C4. Néanmoins, ce vol est un acte isolé et n’est pas en soi dangereux, les explosifs étant inutiles sans détonateur. Mais cela relance le débat sur l’insécurité en France… »

 

 

 

Journal télévisé

TF1

09/12/08

Troisième sujet

 

«  On apprends la disparition d’une grande partie de l’équipement anti-gaz des pompiers de Paris, dans le 15ème arrondissement de la capitale. La découverte de cette disparition a eu lieu cette après midi, lors d’une intervention anodine. L’équipement était entreposé dans un des camions, dans un compartiment sécurisé. Il n’y a aucune trace de fracture dans le camion, ni d’effraction dans la caserne. Les enquêteurs supposent que le vol ne remonte qu’à quelques jours. En effet, lors de la dernière inspection du matériel, au début du mois, tout était encore en place. Ce vol rassemble plusieurs dizaines de masques à gaz, de protections contre les attaques chimiques et bactériologiques, ainsi que du matériel de détection très couteux qu’il sera difficile de remplacer. Le préjudice subit est estimé à plusieurs milliers d’euro. Selon le capitaine de la caserne, le matériel volé a sans doute été envoyé dans les pays de l’est, où la traçabilité de ce genre d’équipement devient rapidement désuète. Une enquête officielle a été ouverte… »

 

 

 

Journal télévisé

Régional

France 3

04/02/09

Deuxième sujet

 

«  Audacieux vol, découvert ce matin, à la caserne Chanzy, au Mans. Depuis le redécoupage de la carte militaire, décidée par le gouvernement et les différentes restructurations de la caserne depuis juillet dernier, l’armée avait décidée de déporter ses effectifs du Mans, où les installations étaient vétustes, vers la caserne d’Angers. La caserne devait être abandonnée la semaine prochaine. C’est lors d’une vérification du stock de la caserne que les autorités militaires ont découvert la disparition de nombreux détonateurs de toute sorte, allant du détonateur télécommandée à détonateur thermique ou encore de mouvement. Les autorités ont ouvert une enquête officielle. Le ministre de la défense se réserve de tout commentaire mais attends les conclusions de l’enquête en cours avant de se prononcer… »

 

 

 

Journal télévisé

France 2

27/05/09

Premier sujet

 

«  Un vol spectaculaire a eu lieu, hier, dans le Finistère, où quatre camions transportant du gaz très dangereux pour l’homme, ont tout simplement disparus. Les camions et leurs conducteurs étaient attendus vers seize heures dans une usine de l’armée qui s’occupe de traiter ce type de gaz, à Ouessant. La disparition des camions et de leurs conducteurs est d’autant plus étrange qu’un important dispositif de sécurité accompagnait ce type de convoi. Chaque camion était parti de différents endroits, accompagné de deux voitures discrètes et suivant un plan de route prédéfinis. Les autorités ne s’expliquent pas encore ces disparitions. Les voitures qui convoyaient les camions les ont d’abord perdu de vue, puis n’ont pas été capable de retrouver leurs traces. Le gaz dérobé est le Sarin qui est extrêmement dangereux pour l’homme, mais ce qui inquiète les militaires, c’est que ces gaz sont facilement transformables en aérosols mortels pour l’homme. La quantité dérobée est conséquente car le gouvernement a annoncé ce midi le passage en niveau orange du plan Vigipirate. Ainsi, tous les lieux publics sont désormais surveillés, les gares et les aéroports subissent des contrôles encore plus poussés. La gravité de ce vol amènera le chef du gouvernement à se prononcer officiellement dans les heures à venir… »

 

 

 

Journal télévisé

Toutes chaines confondues

14/07/08

EDITION SPECIALE

 

« Sur place, Denis Beaulé, notre envoyé spécial, sur les Champs Elysées, où je vous rappelle qu’il y a quelques minutes encore, des explosions ont eu lieus :

 

-                     Oui, David, je me trouve à six rues des Champs Elysées, le périmètre est bouclé par les forces de l’ordre. Il nous est impossible de nous approcher davantage. Selon le porte-parole de la police, les explosions ont propagé des gaz nocifs, et avec l’aide de l’armée, les forces de l’ordre évacuent le secteur. Les informations nous parviennent au compte goutte mais elles sont toutes alarmistes. Il semblerait que plusieurs engins explosifs aient éclatés il y a quelques minutes, tout au long des Champs, pendant le défilé annuel du 14 juillet. Selon certains témoins, il est question de plus d’une dizaine d’explosions, tout de suite accompagnées de vaporisation de gaz. Partout, c’est l’agitation et la panique. Les services de secours sont débordés, toutes les ambulances s’élancent pour sauver les blessés. Le masque à gaz semble être de rigueur. Malheureusement personne ne peut précisément nous dire ce qu’il s’est passé, mais déjà de nombreuses personnes murmurent le mot attentat. Aucun journaliste ni civil n’est autorisé à dépasser le périmètre… Ah attendez David, nous venons de recevoir une brève note d’information, elle émane porte parole du gouvernement. Je vous la lis directement « Ce matin, lors du défilé, à exactement onze heures, vingt et un appareils explosifs ont sauté sur les Champs Elysées. Ils étaient placés dans les bouches d’égout, tout au long de l’avenue à la même distance d’intervalle. L’explosion de ces bombes ont libérés un gaz toxique encore non identifié mais qui a achevé une grande partie des personnes blessées se trouvant sur l’avenue »… Oh mon dieu ! … « L’action n’a pas encore été revendiqué mais le nombre de mort et de blessé est important. » … Oh mon dieu, c’est pas vrai ! « Le président de la république a été évacué de Paris mais se trouve dans un état préoccupant, ayant été au contact du gaz. Le premier ministre, lui aussi présent ce matin, n’a pas eu la chance de survivre. Le gouvernement et les forces de sécurité française ont immédiatement placé le niveau violet du plan Vigipirate. Tous les habitants de Paris doivent être évacués rapidement. Selon météo France, le fort vent présent pourrait dissiper le gaz nocif dans une trop large zone de Paris. Pour ne prendre toutes les précautions, les habitants sont fortement invités à quitter la capitale toute affaire cessante mais tout en gardant leur calme. » … Mon dieu, David, ma famille était sur les Champs pour le défilé… … …


-           David, je reprends la place de Denis qui ne peut pas poursuivre dans cet état. Je termine de vous lire le communiqué : « En France, il n’y avait pas eu d’attentat depuis plus de dix ans, depuis ceux du RER B survenu le 25 juillet 1995. Malheureusement, il semblerait que cet attentat-ci soit beaucoup plus meurtrier. » … Je reste en direct pour vous raconter pas à pas la suite des évènements. Des militaires sont venus nous donner des masques à gaz. Nous allons rester le plus longtemps qu’il puisse nous être possible. Je voulais néanmoins vous dire que la chose m’est autant difficile, moi aussi, tout comme Denis, j’avais des proches qui assistaient au défilé…

 

-                     Philippe, Denis, recevez toutes nos condoléances. La rédaction et moi-même adressons toutes nos condoléances sincères aux familles des nombreuses victimes. Leur nombre et leur identité nous sont pour l’instant inconnus. Nous adressons aussi notre chagrin aux familles de tous les journalistes qui couvraient l’évènement sur les Champs Elysées. Vous avez entendu comme nous, le premier ministre serait décédé et le président serait dans un état grave. De plus, il semblerait que ce gaz mortel se repende rapidement, aussi, nous conseillons vivement à tous nos téléspectateurs parisiens de suivre le conseil du gouvernement et de quitter temporairement Paris. Ainsi, la rédaction, l’équipe technique et moi-même allons rendre l’antenne le temps de quitter nos studios et de rejoindre le plus proche en dehors de Paris. En attendant, le porte parole du gouvernement va émettre sur nos ondes et vous délivrer les consignes d’évacuation de la capitale. »…



escapades nocturnes attentat

"Une attaque terroriste contre un pays est une attaque contre l'humanité toute entière."
Kofi Annan.

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Ajouté le 21:09 à 6/8/2009
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Nuit d'horreur

 



 

            Dehors, il pleuvait un déluge sans nom. Le bruit de la pluie était si fort qu’il masquait tous les autres. Le ciel était noir de nuages en colère, zébrant de terribles éclairs éblouissants.

 

            Le tonnerre était d’une puissance inimaginable et le fort vent faisait s’échouer violemment la pluie contre les carreaux des fenêtres, au point même de craindre que les éléments soient plus forts que la maison.

 

            Lydia était terrorisée. Elle compta les secondes entre un éclair et le tonnerre, pour connaître la distance de l’orage. Moins d’une seconde, il était juste au dessus de leurs têtes. Lydia avait peur. Et Carole un peu aussi.

 

            En réalité, ce qui inquiétait Carole, c’est qu’André était parti voilà plus d’une demi-heure, pour aller chercher du bois dans la remise en face de la maison. Cela faisait bien trop longtemps qu’il était parti. Et de toute façon, le bois serait certainement mouillé.

 

            En prenant Lydia dans ses bras, Carole s’approcha de la double porte et regarda à travers. Elle se dit que ces étranges portes américaines étaient finalement bien pratiques, une première porte classique et une seconde, s’ouvrant vers l’extérieur et qui permettait de voir à travers. Nous n’avons pas cela en Europe, se fit-elle la réflexion. Deux portes, voilà bien la preuve du manque de confiance des américains et de leurs peurs à propos de la sécurité.

 

            Dehors, elle ne voyait pas grand-chose, à cause de la tempête, sa vue se limitait à l’allée d’entrée, la petite cour et faiblement au loin, elle pouvait distinguer légèrement la remise. La porte était ouverte. Elle ne savait pas quoi faire. Et si André avait encore fait une attaque ? Cela pouvait être possible, le cœur du beau père de Carole était fragile.

 

            Carole se demandait si elle devait sortir par ce temps infernal. Peut être allait-il revenir dans moins d’une minute, haletant, trempé des pieds à la tête, avec du bois recouvert d’une bâche, pour pouvoir faire démarrer cette satanée cheminée. Une demi-heure, cela faisait quand même trop.

 

            Carole se retourna, réconforta un peu Lydia tremblante dans ses bras et fit quelques pas pour décrocher son manteau du porte-manteau. Lorsqu’elle se retourna vers la porte, elle eut une frayeur immense.

 

            Quelqu’un était devant la porte. Une gigantesque ombre. De stupeur, Carole ne sentit plus ses jambes et tomba à terre, toujours avec Lydia dans ses bras qui n’avait pas crié mais qui était aussi effrayée qu’elle.

 

            L’ombre devant la porte était celle d’un homme, très grand, avec un ciré gris-brun, un bâton dans la main droite, une sorte de sac dans la main gauche. Il se trouvait dans le mauvais côté de l’éclairage et Carole ne pouvait rien distinguer d’autre qu’une ombre, aucun trait, aucun détail, juste une silhouette.

 

            Carole rassembla sa raison pour prononcer quelques mots. Elle ne demanda pas qui c’était, cela elle s’en foutait totalement. Ce qu’elle voulait savoir, c’était ce qu’il voulait. Mais l’homme ne répondit pas.

 

            Il avança et à cet instant un éclair tomba extrêmement près, dans la cour, éclairant en une fraction de seconde, les pires peurs de Carole. L’homme avait un sourire malsain, des taches sombres sur ses chaussures. Mais ce qui rendit Carole presque folle, ce fut de voir ce qu’il avait dans ses mains. Dans la droite, le bâton était en fait une longue hache, dans la gauche, ce qu’elle avait pris pour un sac était en fait le visage blafard d’André, la tête décapitée et dégoulinante de sang, que l’homme tenait par les cheveux.

 

            Carole et Lydia se mirent à crier d’une seule et puissante voix. Lydia se réfugia derrière sa mère. Carole essaya de se relever, mais elle était tétanisée. Le temps qu’elle se redresse sur ses genoux, l’homme avait ouvert la double porte et était entré. Il laissa tomber la tête par terre et prit la hache à deux mains. Il la leva très haut, au dessus du visage de Carole et l’abattit avec force.

 

            Dans un geste de survie désespéré, ne pensant qu’à sauver sa vie, Carole attrapa Lydia et la ramena devant elle. La hache fit un bruit sourd, un ‘TCHAC’ d’épouvante.

 

            Lydia avait reçu la hache dans le crâne. Elle était rentrée profondément et des morceaux de cervelets se mélangeaient à une si abondante profusion de sang noir, dégoulinant des cheveux blonds de la petite fille, qu’ils en devinrent rouges en quelques instants.

 

            Carole cria sans réellement admettre ce qui était arrivé, elle cria d’un cri étouffé, muet, où toute la force de sa peur s’était transformée en un ébahissement de terreur. Elle cria en regarda la tête de sa fille dodelinante, elle cria quand l’homme retira avec ses deux mains la haches de la tête de son innocente fille. Elle cria, impossible de comprendre ce que ses yeux voyaient. Elle cria quand le corps de sa chaire s’écroula sur le sol, à ses pieds. Elle vit le visage de Lydia, balafré d’une ouverture géante, plongeant de la tempe droit jusqu’au nez, l’œil de sa fille pendant, entouré d’un sang totalement visqueux, poisseux, collant, un sang de mort.

 

            Carole réalisa alors l’intense horreur de la scène et se sentit défaillir. Elle s’écroula à son tour au sol. Juste avant de perdre connaissance, elle vit la hache s’abattre sur son visage…



escapades nocturnes nuit d horreur

L’auteur assume parfaitement le côté cliché de cette scène et remercie chaleureusement Stephen King pour lui avoir donné des frissons de ce genre.


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Ajouté le 23:23 à 31/7/2009
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1912

 



“I’m ready…I just have to wait now… 1912, 1912… I’m ready now…”

 

Georges Heatherday a soixante et onze ans, il vit en Arizona, dans la petite ville de Springerville. Georges Heatherday est considéré par ses voisins comme étant un petit vieux un peu spécial. Surtout depuis son accident. Ancien mécanicien aujourd’hui à la retraite, Georges Heatherday a effectivement connu des jours meilleurs.

 

Il y a quatre mois, Georges Heatherday a eu un accident vasculaire cérébral, il a perdu connaissance dans sa cuisine en se servant du café. Mais grâce à la divine présence d’un de ces voisins ce jour-là, il a été conduit d’urgence à l’hôpital d’Eagar, duquel il s’est réveillé groggy après un court coma.

 

Comme tous les américains, Georges Heatherday n’aime pas l’hôpital. D’abord parce qu’il coûte cher, qu’aucun soin n’est gratuit, et puis surtout parce que statistiquement c’est encore le lieu où les gens meurent le plus.

 

De sa faible retraite et de son tempérament bourru, Georges Heatherday a voulu quitter l’hôpital trois heures après son réveil, prétextant préférer aller se reposer chez lui. Les médecins ont néanmoins déclaré le garder en observation deux jours, le temps de passer quelques examens plus approfondis.

 

Résigné, il a pris son mal en patience, et c’est alors que l’enfer a commencé pour Georges Heatherday. Attendant impatiemment que le temps passe, Georges Heatherday a allumé la télévision de sa chambre et a regardé la chaine locale, KTTU TV 18. A la retraite depuis plus de sept ans, Georges Heatherday avait pris l’habitude de regarder la télévision, pour tout dire, c’était devenu sa principale activité.

 

Or, le soir de sa première nuit en observation, un peu après avoir terminé son plateau repas, soit vers environ 20 heures, l’émission “Win At Home”débute. Passablement fatigué, Georges Heatherday allait s’endormir, mais un mot l’a tiré de sa douce somnolence. En effet, l’équipe télévisée se rend ce soir dans la petite ville de Springerville. Il reconnaît alors sa rue, son allée, sa maison, sa double porte, close. Le présentateur frappe à la porte. Georges Heatherday se rue sur la télécommande et augmente le son.

 

“Here lives the happy winner of this evening! And the splendid present which we give this evening, in partnership with the society WorldTravel, is a trip around the world of a length of one year! The only condition to win this fabulous trip is to respond to this question: which year Arizona became the 48th state of America? Let’s see if our candidate knows answer!”

 

“GOD DAMNIT” s’écrit Georges Heatherday en entendant cela. Il la connait la réponse ! 1912 bien sur ! L’année de la naissance de sa mère ! Georges Heatherday enrage et crie comme un damné, mais personne ne l’entends, pas même le présentateur.

 

“Unfortunately, the winner of this evening isn’t present. Bad luck for him, maybe more lucky next time.” Et l’émission s’arrête alors…

 

Le monde s’écroule sous les pieds de Georges Heatherday. Il n’a plus qu’une seule idée en tête, quitter ce lieu au plus vite et essayer de rattraper l’équipe télé. Bon Dieu ! Il connaît la réponse ! Il doit rentrer chez lui maintenant ! Il n’est pas trop tard, se dit-il. Il se lève, va prendre ses vêtements dans la penderie de la chambre, s’habille et sort d’un pas à la fois décontracté et rapide.

 

Georges Heatherday passe devant le bureau des infirmières,et arrive devant l’accueil, la standardiste est occupée au téléphone, elle lève le regard vers lui et il lui fait son plus beau sourire en hochant la tête,tout en continuant à se rendre vers la sortie. La standardiste lui a rendu poliment son sourire sans tiquer puis a replonger dans sa conversation téléphonique.

 

Une fois dehors, il appelle un des taxis qui stationnent devant l’hôpital et fonce chez lui. Personne alors. Georges Heatherday paye le chauffeur sans le regarder de ce qui lui reste d’argent dans les poches et se précipite ensuite vers sa maison.

 

“They will come back…soon… That’s certain! I know the answer! I just have to wait… 1912, 1912! I know the answer…God… A trip around the world… My God! A world trip… And I have never left Arizona…”

 

Voilà ce qui s’était passé, il y a quatre mois de cela. Depuis Georges Heatherday a aménagé son lit près de la porte d’entrée, dans le séjour. Il dort habillé, prêt à aller ouvrir, prêt à partir. Il a fait ses valises,deux grandes malles, remplies de vêtements et de divers bibelots. Il est prêt à partir dans l’heure. Il faut juste qu’ils reviennent.

 

Le matin, Georges Heatherday se lève à l’aurore, prévoyant, au cas où l’équipe de télévision serait matinale. Le soir, il ne s’endort qu’à cause de la fatigue due à son âge. A chaque instant de la journée, il a peur de s’endormir. Et s’ils venaient pendant ce moment là, ce moment où il aurait baissé sa garde ? Pour être un peu plus tranquille, Georges Heatherday a installé une petite clochette devant la porte, si quelqu’un vient, il sonnera sans doute.

 

Mais la peur de rater cet évènement est devenu maladif. Georges Heatherday a désormais peur d’aller aux toilettes ou dans la salle de bains. Et s’ils venaient pendant ce moment là ? Il a décidé de ne plus se laver et de passer le moins de temps possible aux toilettes. Puis petit à petit, Georges Heatherday a décidé de ne plus utiliser qu’une seule pièce pour vivre : son séjour. Il ne cuisine plus, il a ramené toute la nourriture qu’il avait près de son lit, il a préparé de nombreux sandwichs, au cas où l’équipe de télévision tarderait un peu à revenir.

 

Il arrivait parfois à Georges Heatherday de parler seul, parfois, comme un peu tout le monde. Mais depuis son retour de l’hôpital, il parle de plus en plus à voix haute.

 

“I’m going to travel around the world. God! Poor Mum, all that is thanks to you! 1912! I know the answer! I’m ready now! I just have to wait!”

 

Georges Heatherday surveille en permanence son poste de télévision, qui est désormais allumé sans interruption. Personne ne risque devenir le déranger, il a déjà annoncé à ses voisins qu’il partait faire un long voyage. Quant à sa famille, cela fait bien plus de vingt ans qu’il n’a pas eu de nouvelle de sa sœur, installée quelque part en Floride, et sans doute est-ce mieux ainsi. La famille n’a jamais été très importante pour Georges Heatherday. Sans doute est-ce aussi ce qui explique qu’il ne s’est jamais marié et n’a jamais eu d’enfant. Il était arrivé à Georges Heatherday de ressentir la profonde solitude qui l’entourait et parfois il a eu des regrets. Mais désormais cela allait changer, car sa vie allait changer aujourd’hui même ! Ou peut être demain au pire ! Enfin certainement avant la fin de la semaine ! Au pire, au début de la semaine suivante… Il n’avait qu’à attendre. Ils finiront bien par revenir obligatoirement : il connaît la réponse à la question, il a gagné un voyage autour du monde…

 

“1912… I’m ready now… I just have to wait… They won’t be long… A world Trip! God! I’m soexcited to leave America and see the rest of the world! I just have to wait… They will come tomorrow…1912… I’m ready… I just have to wait…”



escapades nocturnes nouvelle 1912

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Ajouté le 23:42 à 7/7/2009
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Celui qui devait mourir pour exister

 




-         S’il vous plait, monsieur…

 

Il se pencha davantage pour se faire voir. L’homme assis parterre tendait une corbeille vers l’homme devant lui, réclamant quelques francs pour pouvoir manger. Sèchement mais sans méchanceté, il détourna son regard et continua son chemin. L’homme assis le regarda s’éloigner et songea pendant quelques secondes à de nombreuses choses, puis se retourna et tendit sa maigre corbeille vers un nouvel inconnu qui passait.

 

            Bien sur,il aurait pu lui donner quelque chose. Voire même beaucoup. Il lui restait plusieurs billets sur lui, et maintenant, il ne voyait pas trop l’utilité de les garder. Il aurait pu faire une bonne action, sa dernière bonne action. Mais ouvrir son imperméable, pour en sortir son portefeuille rangé dans sa poche intérieure gauche, aurait déclenché le mécanisme.

 

Un peu plus loin, descendant les Champs et s’engouffrant dans la bouche de métro la plus proche, il fut bousculé par ces parisiens,hommes stressés par nature courant sans cesse après le temps ou l’argent, ou la petite bête. Il s’inquiéta vite de cette proximité trop dangereuse, autour de ces gens si imprévisibles.

 

            Bien sur,il aurait pu faire en sorte que le mécanisme soit moins sensible, ou alors utiliser un détonateur, ou une minuterie, ou encore pleins d’autres procédés.Mais avoir choisi ce moyen lui donnait la sensation d’être uni avec elle. Et puis, cela rendait les chances d’échouer quasiment nulles.

 

Il prit soin d’éviter de se retrouver sur le chemin d’un métropolitain trop pressé, ce qui gâcherait tout. En finir maintenant serait décevant, alors qu’il espérait tellement mieux, tellement plus retentissant. Il savait bien que le seul itinéraire était de passer par le métro et que cette partie serait la plus dangereuse de son voyage. Il enjamba le portique d’entrée du métro, sans ticket, sous les regards surpris mais habitués des autres métropolitains.

 

            Bien sur,il aurait pu chercher à ne pas se faire remarquer, à payer le ticket et faire comme tout le monde, ou alors avoir prévu et acheté à l’avance. Mais il voulait aussi ajouter une part de danger dans le processus. C’était un moyen comme un autre de renforcer son excitation.

 

Sur le quai de la rame, il évita de se mettre devant,préférant se mettre à l’écart, derrière la foule parisienne qui aime se déplacer avec fracas. Il attendit donc que le quai se vide un peu avant de monter à son tour. Dans la rame il se sentit inquiet. Tous étaient debout, les places assises étaient si rares. Tous se regardaient ou essayaient de ne pas se regarder. Tous étaient collés les uns contre les autres.

 

            Bien sur,il avait pensé à prendre un autre moyen de transport. Mais étant assis, il pouvait plus facilement déclencher le mécanisme. La voiture était donc à exclure et le taxi aussi. Le vélo était hors de question et marcher aurait été assez long et fatigant. Mais c’était surtout qu’utiliser le métro, à Paris,était une chose plus que banale. Et il voulait l’emprunter pour une dernière fois.

 

La rame s’arrêtait sèchement à chaque arrêt, augmentant l’adrénaline, la sueur commençait à perler sur son front. Sensible voire peut-être trop sensible, oui. Un simple petit contact suffisait.

 

            Bien sur,il aurait pu ne pas se cramponner à cette barre transversale, à chaque arrêt,en prévision de la secousse de ralentissement. Il aurait pu en finir maintenant. Mais il y aurait eu quiproquo. On l’aurait assimilé avec les attentats du RER de 95. Alors qu’il n’avait aucune intention de terrorisme ni de revendication.

 

Arrivé à la station Louvre - Rivoli, il sortit doucement, prenant garde de n’approcher personne de trop près. Il connaissait bien l’endroit. Il était venu plusieurs fois repérer les lieux. Il monta un escalier, puis un second, ouvrit une porte, descendit et se retrouva au second sous sol au dessous du Louvre. Il reprit alors deux escalators et arriva à sa ligne droite. Une longue allée bordée de magasins hors de prix de marques internationales au bout duquel il apercevait déjà la pyramide.

 

            Bien sur,il aurait pu renoncer à tout instant. Surtout à cet instant en fait, si proche du but, cet instant décisif. Mais non, il pensa que ça y était, c’était la fin du voyage, qu’il ne restait plus qu’à le faire. Il n’abandonna pas, cela aurait été trop bête après tant de préparation.

 

Arrivé dans le lumineux espace vide qui se trouve au dessous de la pyramide en verre du Louvre, il se dirigea à gauche, vers l’entrée du célébrissime musée.

 

            Bien sur,il aurait pu encore une fois rentrer comme tout le monde, en payant son entrée.Mais cela n’avait plus grand intérêt de faire comme tout le monde. Il se mit donc à courir et dépassa les touristes dans la file d’attente. Courir était difficile, à cause du mécanisme trop sensible. Mais il rentra dans le musée avec de grandes foulées rapides sous les regards médusés des gardiens qui mirent trop de temps avant de comprendre et de réagir.

 

Deux gardiens se regardèrent et s’interrogèrent pendant suffisamment de secondes, puis se mirent à le poursuivre et à crier. Il essaya d’aller plus vite encore, mais il ne put pas vraiment, à cause de la grande masse de touristes. Mais il avait une avance suffisante pour l’objectif qu’il s’était fixé.

 

            Bien sur,il aurait pu choisir n’importe quoi. Mais il ne voulait pas du hasard dans sa vie, ou en tout cas pas dans sa prise de décision. Il avait déjà repéré les lieux, il avait tout établi, analysé et défini. Il savait maintenant qu’il allait réussir.

 

Il monta deux escaliers avant d’être rattrapés par les gardiens. Il était proche, si proche de son but. Il entra dans la grande,l’immense salle où était exposée la fameuse Joconde. Il entendit les gardiens crier à tous de l’arrêter. Il jubilait.

 

            Bien sur,il s’était demandé comment tout cela se finirait. La toute fin. Il avait envisagé plusieurs scénarios. Mais pas celui qui se produisit. La Joconde était au fond de la salle, il s’élança dans un ultime effort.

 

                        Bien sur, il ne pouvait anticiper les réactions de tous et surtout pas celles des nombreux touristes étrangers venus des quatre coins du monde pour visiter l’art. Il avait fais un jeu mental, se demandant de quelle nationalité aurait été le plus grand nombre de victime, ou encore quelle serait la nationalité de celui qui déclencherait le mécanisme. Un touriste japonais avec son appareil photo à la main ? Un gardien français ? Un groupe de touristes américains ?

 

                                   Bien sur, ce n’était pas important de savoir.

                                              

                                               Bien sur, il ne le saurait jamais, que cet homme qui se jeta sur lui pour l’arrêter,ayant compris les mots criés des gardiens du musée, était allemand. Ce dernier se jeta sur lui et lui attrapa les chevilles. Stoppé dans son élan, il tomba donc et fut triste que cela arriva si loin encore du plus grand tableau du monde, ici seulement, au milieu de l’immense salle. Mais c’était déjà une victoire. Son dernier regard alla au tableau qu’il voyait de loin, et à tous ces gens devant, dont certains s’étaient retournés pour voir ce qu’il se passait…

 

                                                           "Bien sur", se dit-il, "Bien sur… Et puis merde après tout !"

 

 

L’explosion dévasta l’immense salle de la Joconde et trois plus petites salles avoisinantes.



escapades nocturnes louvre


Tags : escapades nocturnes nouvelle

Ajouté le 09:41 à 1/4/2009
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