Un point suivi d’une ligne qui s’étend à l’infini, fluctuant
sans cesse…
Essayant,
pendant un temps, de me diriger dans ce courant, je me suis laissé bercer par
l’eau qui m’entrainait encore plus profondément dans le complexe. A croire qu’il
n’a pas de fond.
Dérivant
ainsi, j’ai pu voir encore et toujours des expériences et c’était toujours la
même chose qui s’offrait à mes yeux : machines d’un autre âge, de torture
ou d’étude, des cages de toutes sortes qui respiraient le mal et la mort.
J’ai
encore vu des amas de squelettes, les déchets sans doute, des cadavres parfois
encore en début de décomposition. Chose fascinante pourtant, j’ai traversé des
endroits où les expériences hébergeaient encore des cobayes vivants. La joie de
retrouver une trace de vie a vite été dépassée par la frustration de ne pouvoir
m’arrêter et de leur porter secours. Il faut que toute cette souffrance cesse.
Je dois faire quelque chose.
Malheureusement,
je suis juste passé devant eux. Certains étaient même conscients et m’ont
adressé un regard plein de sentiments horribles, d’injustice, de pitié, de
compassion, de peur et d’envie, de résignation et d’espoir. Difficile d’assumer
tout ce qu’il m’arrive. Je suis certes en liberté par rapport à eux, mais je
reste enfermé dans cet endroit sans parvenir à m’échapper.
Une
autre chose pourtant à changée. Je ne suis plus dans un environnement vert et
noir. Désormais les teintes sont ocres et noires. Changement notable et qui me
rappelle avoir vu le mot Faction écrit à l’entrée de ce tunnel aquatique.
Est-ce un cobaye qui, comme moi, a pu s’échapper pendant un moment et a écrit
ce mot ici ? Si l’ambiance a changé, dans quel endroit suis-je
maintenant ? Pourquoi la
Faction était-elle annoncée ? Je souffre tellement de tant
de questions intérieures que je pourrais en exploser. Ma principale question
est de connaître mon but, s’il y en a un. Car j’ai toujours pensé que chaque
chose, chaque endroit, chaque personne, chaque évènement avait une raison.
Désormais
je doute. Suis-je destiné à errer sans cesse dans ce dédale macabre, découvrant
sans cesse les atrocités qui sont faites à mes semblables, sans pour autant
parvenir à intervenir, à faire quoique ce soit qui puisse changer la
donne ? Si cela se trouve, je suis toujours dans une expérience et c’est
encore un test. La lassitude me gagne…
En
fait, la lassitude rejoint la fatigue qui me pesait déjà sur les épaules. J’ai
tellement envie de laisser tout tomber. Se pourrait-il que je puisse intégrer
une expérience uniquement agréable si je me rendais à l’Agence ? Je chasse
rapidement cette idée. Même si le repos et la quiétude sont agréables, cela ne
vaut pas la liberté.
Apparemment
j’arrive enfin au bout de mon voyage d’eau. Une passerelle assez basse pour que
je puisse l’atteindre se trouve un peu devant moi. Sur la passerelle, une
ouverture qui mène encore dans des salles obscures et effrayantes. Mais je ne
tiens pas à rester dans l’eau un instant de plus. Qui sait où elle pourrait se
jeter.
J’agrippe
la passerelle et me hisse hors de l’eau. L’ouverture donne sur un long couloir
rempli d’une sorte de paroi transparente. Je vois derrière celle-ci encore des
horribles expériences. Ma colère redevient mon principal sentiment. Je traverse
le couloir en regardant souffrir des créatures que je ne saurais nommer ni
décrire. La seule chose que je comprends, c’est qu’elles ne sont pas ici de
leur plein gré, et qu’il me faudrait, elles aussi, les délivrer du joug de
l’Agence.
J’arrive
à un sas que je franchis. La surprise est alors grande. Je me trouve dans une
vaste salle. Au sol trainent câbles, autres expériences, chevalets de tortures,
bureaux et moniteurs de contrôle, ainsi que toutes sortes de machines dont
j’ignore tout. Mais dans une seconde partie, une imposante bibliothèque me fait
face.
Je
déambule à travers les cuves et les moniteurs, reste glacé d’horreur devant un
cadavre humain récemment disséqué, et trouve une échelle pour accéder aux
livres. Les livres sont sources de connaissance, alors j’espère pouvoir enfin
en apprendre plus sur tout ce qu’il m’arrive. Je prends le premier dossier et
tombe de stupeur. Je prends le suivant, puis encore un autre au hasard.
Tous
sont identiques et portent le mot Faction en couverture. « Faction -
Rapport d’Analyse MT001 : Expérience 412PP6 », « Faction -
Rapport d’Avancée de l’Agence », « Faction - Rapport Succès de l’Agence »,
« Faction - Rapport de Performance Comparée entre la Faction et l’Agence »,
« Faction - Rapport Cobayes Utilisables de l’Agence », « Faction
- Rapport sur le Sujet Numéro 3 »... Je feuillette celui-ci en premier.
Tout
ce que j’ai enduré est écrit. Mes doutes, mes songes, mes rêves et mes
expériences. Tout comme noté d’un observateur qui lirait mes pensées. Tout est
écrit avec détails, même mon évasion et ma fuite à travers le complexe. Mais
que fait la Faction
dans tout cela. Je me croyais pourchasser par l’Agence, mais la Faction me surveille
autant qu’elle. J’ouvre alors les autres dossiers. C’est alors que je comprends
la machination. Je suis dans la partie de la Faction du complexe.
Toutes
les dernières expériences que je viens de voir ne sont plus celles de l’Agence...
Ainsi la Faction
et l’Agence se livrent un combat, mais sont toutes deux coupables des mêmes
horreurs. On m’a manipulé !
Pourquoi
tout cela ? Pourquoi la
Faction m’a-t-elle sauvée ? Est-ce vraiment comme ce
rapport l’indique, pour retarder l’Agence ? Est-ce par ce que j’ai des
aptitudes hors normes, comme le dit cet autre ? J’ai tant cherché à
comprendre que la densité des informations en ce lieu me tourne la tête. J’ai
des vertiges.
Je
réalise que je n’ai été que le pantin de la Faction. Quand elle m’a
délivrée pour que, sous disant, je sauve d’autre cobayes, c’était en réalité
pour freiner le plus possible l’Agence, pour que la Faction continue
tranquillement ses expériences. Mais pourquoi m’avoir dit d’aller vers les
profondeurs du complexe, là où se trouvent les expériences de la Faction ? N’étais-je
pas sensé les découvrir ? Est-ce que je devais bêtement être repris par
l’Agence une fois qu’elle avait découvert ma fuite ? Est-ce que tout cela
est programmé ? Ou bien est-ce que l’on m’a sous évalué ?
Que
faire maintenant que je connais la vérité ? Que faire contre l’Agence et
contre la Faction ?
Quelle est la solution maintenant que je sais que ni l’une ni l’autre n’est
bonne ? Comment puis-je stopper tout cela ?
Je
recherche encore dans l’immense bibliothèque. J’attrape « Faction -
Rapport Schémas et Plans détaillés du complexe ». Je découvre alors que le
complexe est le plus incroyable labyrinthe qu’il ne m’a jamais été donné de
voir. C’est une chance incroyable que j’eusse réussi à échouer ici apparemment,
car c’est l’une des rares entrées non surveillées.
En
regardant en détail, je me rends compte qu’il n’existe aucune issue dans les
profondeurs du complexe, et j’en suis déçu même si cela faisait un moment que
je m’imaginais la chose. Si les plans sont exacts, il semblerait que je sois
encore très loin du fond du complexe, mais pas très loin du réacteur principal
de celui-ci.
Cette
information m’intrigue tout à coup. Ce réacteur est immense, ce qui est logique
pour pouvoir alimenter tout ce qu’il m’a été donné de voir, mais se situe dans
une partie neutre, hors des territoires de l’Agence ou de la Faction. Il est en liaison avec
des centaines de plus petits réacteurs qui s’autoalimentent entre eux.
Si
je coupe le réacteur principal, je coupe ainsi le courant et les expériences
s’éteignent. Dans le meilleur des cas, les cobayes peuvent alors s’échapper, dans
le pire, ils en mourront mais au moins ne souffriront plus.
Ma
décision est rapidement prise. Je dois me rendre au réacteur.
Un point suivi d’une ligne qui s’étend à l’infini…
Je ne cours
plus, je n’en ai plus vraiment la force. Depuis combien de temps n’ai-je pas
dormi ? Impossible de répondre. Depuis que j’ai quitté les étages supérieurs,
rien ne m’a montré que j’étais poursuivi. Je peux m’accorder un peu de répit
après tout.
Cet endroit
semble sans fond. Pourquoi ai-je suivi ce conseil ? Pourquoi me suis-je
enfoncé dans les profondeurs ? Il me semble désormais évident que la
sortie se trouvait en haut et non en bas. Se sert-on encore de moi ? Je le
pense, mais j’ignore dans quel but. On ne m’a pas donné d’indice et depuis que
je descends seul au fond du monde je n’en ai pas trouvé qui puisse m’aider.
Partout je
n’ai vu que désolation. D’abord j’ai découvert de nombreux corps, ou du moins
ce qu’il en restait. Parfois ce n’était pas humain. Parfois je ne pouvais dire
si cela l’avait été. Ces personnes qui ont fait tant de mal, cette Agence,
selon ceux qui m’ont libéré, ces scientifiques du mal, ont effectué une
véritable boucherie. Je n’ai vu personne de vivant depuis ma fuite. Je suis
seul, dans une immense machination, une expérience atroce. Il ne fait aucun
doute que si j’étais resté prisonnier, je n’aurais pas survécu longtemps et j’aurais
aussi terminé d’une façon bien horrible. Je devrais être reconnaissant à la Faction… Pourtant…
Pourquoi
ai-je le sentiment qu’on me cache encore quelque chose ? Pourquoi m’avoir
sauvé, moi, et pas tenter de sauver tous les autres, ceux pour qui il n’était
pas trop tard ? Pourquoi selon la Faction suis-je plus spécial que les
autres ? Bien sur, j’apprécie d’avoir été sauvé, mais je commence à
souffrir du syndrome du survivant. Je commence à me dire que j’aurais mieux
fait de mourir avec les autres. Ou bien que nous soyons tous sauvés. Mais être
le seul à s’en sortir est une chose difficile à supporter. Le poids sur mes
épaules est lourd. J’ai promis de me venger. Mais comment, si je fuis les
personnes qui nous ont fait tant de mal ? Pourquoi m’a-t-on dit d’aller
dans les profondeurs de cet endroit ? Que vais-je y trouver d’autres que
ce que j’ai vu pour l’instant ? Mutilations, tortures, souffrances, morts,
et quoi d’autre encore ?
Et puis
j’en ai aussi marre de ne traverser que des salles remplies de moniteurs,
d’écrans d’observation, la machine infernale, de cuves avec cet étrange liquide
vert sombre, et de ces charniers et ces amas de squelettes. Tout ici crie la
mort. Comment ne pas devenir fou devant toutes ces atrocités ? Combien
ai-je déjà vu de cadavres ? Cinq cents ? Mille ? Plus
encore ?
Il faut que
je fasse une pause, j’ai un vertige rien que d’y penser. On compte sur moi,
mais je ne suis pas sur d’être à la hauteur. Et puis devant tout cela, moi,
seul, insignifiant, que suis-je sensé faire ?
Répit.
Un peu plus
bas, j’entends un bruit qui m’est familier. Surprenant en ce lieu. Mais oui, je
ne me trompe pas. J’entends le bruit d’un élément. Enfin quelque chose que je
connais. Je me penche doucement au dessus du vide pour regarder. Il y a une sorte
de chute d’eau un peu plus bas, je dirais environ deux étages encore à
descendre pour m’en approcher. Je m’écarte du vide et reprend ma route. Je vais
m’arrêter là bas. Deux étages, cela est vite attient. Combien en ai-je déjà
traversé ? J’ai perdu le compte assez tard, vers quarante. Quelque fois
j’ai eu l’impression que je revenais au même endroit, tant les étages se
ressemblaient, même expériences, même salles de surveillance, même charniers. Cette
cascade me donne enfin un point de repère. Maigre consolation.
J’arrive
dans un étage où l’eau de cette cascade est utilisée pour faire fonctionner des
cuves, vides cette fois. L’eau provient de la roche qui entoure cet endroit
étrange. Elle s’insinue doucement et se rassemble dans un petit étang qui se
termine en cascade vers les profondeurs. Cela ne me paraît pas logique, mais
dans ce lieu je me suis fait à l’idée que ma logique était à laisser de côté.
Je
m’approche de la sorte d’étang. L’eau semble normale, dans le sens où elle
n’est pas d’un vert horrible ou d’un rouge sang. Je tente de plonger ma main
dedans. Contact froid. Je retire ma main. Tout va bien. Je reste quelques
instants à douter, puis je rassemble mes deux mains et tente de boire un peu
d’eau. C’est d’un bonheur sans nom.
L’eau est
particulièrement fraîche, je ne résiste pas, je commence doucement à entrer
dans l’eau. Je grelotte quelque peu au début mais je prends vite mes marques.
Après un petit moment d’adaptation, je plonge entièrement. Je ne comprends pas
comment une chose si belle, qui est synonyme de vie, puisse encore exister dans
ce lieu. Après toute la destruction que je viens de traverser, je suis
agréablement surpris de voir que la vie peut gagner. La voilà ma pause bien
méritée.
Alarme.
Je faisais
la planche sur l’eau quand cela est arrivé. D’un seul coup tout est devenu
rouge autour de moi. Une alarme stridente a retentie. La même que lorsque je me
suis échappé. Est-ce une autre évasion ? Je souris d’abord en pensant que
c’est le cas, tellement je me sens distant de tout. Puis je reprends conscience
que cette alarme m’est peut être aussi destinée.
Je nage
vers le rebord et je ressors de l’eau rapidement. Je dois reprendre ma fuite. Mes
vêtements sécheront sur la route. Courage et espoir me reviennent. Je dévale
les restes d’un escalier automatique et me retrouve dans une salle remplie
d’eau.
Au milieu
de celle-ci, une passerelle menant encore à des cuves de tortures. Je fais le
tour de la pièce. Je trouve des moniteurs de contrôle qui fonctionnent. Mes
peurs sont vérifiées : ce sont après moi qu’ils en ont. Ils m’ont
retrouvé, je ne sais comment. Je change les canaux du moniteur et voit
plusieurs groupes de créatures qui se déplacent rapidement, sachant où me
chercher. Je reconnais l’endroit où est un groupe. Seulement quelques étages plus
hauts. Ils sont juste sur mes pas !
Je dois
encore fuir. Mais ils sont si près ! Où me cacher. C’est alors que je fais
le tour de la salle des yeux. Je suis dans un cul de sac. Il n’y a pas d’autre
sortie que celle que j’ai empruntée pour venir. Je me suis moi-même
piégé ! Je pourrais plonger dans l’eau sous mes pieds, mais je doute
pouvoir y rester assez longtemps sans me faire repérer. Je me tourne alors vers
le sas, prêt à affronter mes ennemis, dans un ultime désespoir. Ils ne me
prendront pas vivant. Je me battrais. Sur le moniteur, je les vois approcher de
plus en plus, ce n’est qu’une question de minutes. Tout cela pour rien…
C’est alors
que je remarque qu’une partie de la passerelle se termine dans l’eau. Je
m’approche. Un sas est au fond de l’eau, engloutie. La chance ne m’a pas
quittée ! Enfin j’espère... Je plonge.
Evidemment
le sas est fermé. Impossible de le bouger d’un pouce. Je remonte à la surface
respirer. J’ai donc perdu… Mais je ressens un léger courant dans l’eau. C’est
étrange, ce courant semble conduire vers un mur de la salle.
Je me
rapproche pour l’examiner, mais je ne remarque rien ne me frappe, pas de
sortie. Je pose néanmoins ma main sur le mur… et ne rencontre aucun mur. Ma
main a traversé.
J’entends
des pas qui s’approchent. Je ne réfléchis plus. Je passe tout entier à travers
le mur. Le courant devient plus fort. Je suis dans une sorte de tunnel. Un
passage secret entre différentes salles ?
Levant les
yeux, je vois des inscriptions et je suis abasourdi en reconnaissant le mot
« Faction »…
A chaque palier, derrière chaque sas, je retrouvais les horribles vestiges du passé. Dans la plupart des salles, je découvrais d’anciennes expériences, machines sans nom et sans réelle description possible, souvent torturant à la fois le corps et l’esprit des cobayes.
Souvent, il ne restait de ces atrocités que de vieilles commandes, quelques écrans de contrôle ou bien des cuves comme celles que j’avais vu plus haut dans le complexe. Des machines cassées, des expériences mises de cotés puis oubliées.
Mais, malheureusement pour moi, parfois il restait aussi les anciens cobayes de ces expériences.
Je n’ai pu contenir mon estomac la première fois, puis j’ai essayé de relativiser pour ne pas sombrer dans la démence profonde. J’ai pris sur moi, me disant que pour eux, tout était enfin fini. Néanmoins il m’était vraiment difficile de continuer mon périple en voyant une telle désolation.
Ainsi dans certaines salles, je retrouvais ce qu’il restait des anciens cobayes. Généralement, ils n’étaient pas humains… ou alors plus. Rarement les corps étaient encore entiers.
Je me frayais un chemin entre les restes de corps, de membres et d’organes de ces êtres qui un jour avaient été vivants, emprisonnés eux aussi dans une de ces expériences atroces.
Ces corps avaient été mutilés, lobotomisés, calcinés, déchiquetés, écrabouillés, écartelés,liquéfiés, désintégrés…
C’était un carnage sans nom.
La vision d’une telle horreur me hantera sans doute à vie, mais cela ne m’inquiétait plus maintenant : quelque chose me disait que maintenant ma vie n’avait qu’un léger sursis.
La barbarie sans nom qui m’entourait m’avait décidée : dans un grand râle de colère et de haine, je me promis que je vengerais une telle abomination. Il fallait que ceux qui avaient fait subir autant de souffrances payent pour cela. Il ne m’était plus possible de ne penser qu’à moi et d’essayer de sauver ma peau. Je décidais que même si cela me coutait la vie, je ne vivrais que pour venger les trop nombreuses victimes innocentes de ce génocide.
J’en faisais le serment face à une cuve bleu. A l’intérieur était suspendue le corps meurtri d’une jeune humaine à qui on avait mutilé les jambes. Son visage était crispé sur un sentiment de douleur infinie. Si cela se retrouvait en mon pouvoir, je mettrais un terme définitif à toute cette expérimentation.
J’espérais aussi pouvoir venger toutes ces innocentes victimes en détruisant l’Agence. Si la Faction avait raison, et pour l’instant je n’avais pas d’autre raison que de la croire, mon objectif devenait l’annihilation pure et simple de ce groupe, quel qu’il soit.
Continuant à descendre toujours plus bas dans le complexe, faisant abstraction des nombreuses atrocités qui régnaient dans les salles que je franchissais, je cherchais à comprendre le pourquoi d’une telle horreur.
Quel était le but d’un si grand nombre de mort ? Quelle était la raison à tout ce chaos, ce non respect de la vie ? Pourquoi l’Agence cherchait-elle à faire endurer de telles épreuves ? Pourquoi tant de tortures ?
Mais à ces questions s’ajoutaient aussi celles liées à la Faction. J’entrais dans le schéma classique, ils étaient les gentils car m’avaient sauvé des méchants. Mais était-ce vraiment le cas ?
Pourquoi étais-je si important aux yeux des deux groupes ? Quel était ce mystère qui planait sur moi et dont je semblais être le seul à ne pas être au courant ? Pourquoi m’appeler sujet numéro 3 ? Alors que j’avais découvert tant de cobayes qui m’étaient antérieur ? Pourquoi m’appelait-on le troisième en ce cas ?
On semblait attendre de moi quelque chose de précis, que ce soit de la part de l’Agence ou de la Faction. Pourquoi me donner autant de valeur, à moi plus qu’à un autre cobaye ? Je n’étais maintenant plus le seul à m’être échappé.
Ceux de la Faction avaient pourtant dis que j’avais quelque chose de spécial. La créature qui m’avait sorti de l’expérience avec l’échiquier avait dit aussi quelque chose dans ce genre.
Quel était monbut ? Que cherchait-on avec moi ? Étais-je possédé, manipulé ? Pourquoi au début m’a-t-on traqué ? Et pourquoi maintenant suis-je libre de déambuler dans ce sordide endroit sans gène ? Mais que se passe t-il là haut ? Qui commande tout cela ? Pourquoi m’a-t-on dit d’aller le plus profond possible ? Et pourquoi ai-je aussi bien suivi cet ordre déguisé en conseil ? La psychose s’installait doucement en moi.
Certes il est normal de ne pas rester serein, après ce que j’ai vécu ces quelques dernières heures, ou minutes, ou… Impossible de donner un sens au temps dans untel lieu. Mais depuis le début de tout ce cauchemar, il m’est difficile de rester lucide.
Et si l’Agence avait un réel but ? Étais-ce pour le moins pardonnable ? Je ne le pensais sincèrement pas. Rien ne pouvait justifier un tel massacre à mes yeux. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi autant de doutes m’assaillait,mais je me restais ferme sur ma décision : je devais faire cesser tout cela.
D’après la Faction, j’étais celui qui allait faire changer les choses. Alors je reprends lentement courage, j’essaye de garder le moral malgré tout. Je me suis fixé un but, je me dois de l’accomplir pour venger tous ceux qui ont été et sont encore dans mon cas.
Pourtant, je n’arrive toujours pas à comprendre la situation. Si au moins je pouvais encore croiser un membre de la Faction ! Mais je n’avais rien vu de vivant depuis mon entrée dans ce souterrain.
Je continuais d’enjamber les morceaux de corps au sol, contournais les tas de cadavres, zigzaguant entre les cuves parfois vertes pâles, généralement noires et vides… ou remplies de choses horrifiantes.
Je devais continuer, même si cela semblait si difficile, je le devais. Mais toutes ces questions me trottaient terriblement dans la tête. Ne méritais-je pas, après tout, de connaître le fin mot de l’histoire ?
Je m’enfonçais de plus en plus profondément dans les entrailles de ce complexe que je souhaitais désormais plus que tout détruire.
La frayeur me saisissait tout le corps, j’ai mis un temps infini pour réussir à détacher mes yeux des êtres qui étaient devant moi. Sans trop savoir comment, je me mis à appuyer aléatoirement sur les boutons de la console près de la première cuve. Je ne pouvais pas les laisser ainsi. Il y avait exactement douze êtres, dont quatre avaient forme humaine. Les autres étaient difficiles à décrire. Deux semblaient être des reptiles, un avait un corps ressemblant à un serpent, deux autres encore étaient très petits, la taille d’un bras tout au plus, mais avait un air des plus désagréables, les trois derniers étaient des êtres comme celui que je venais de quitter, croisement entre un homme et une oie.
Au bout d’un petit moment à trifouiller, les cuves émirent un bruit bas, comme celui d’un frigo qui s’arrête tout à coup de fonctionner, les cuves se sont alors lentement vidées. Avais-je fais le bon choix ? Je ne pouvais plus vraiment reculer. Lorsque la dernière cuve fut vide et s’ouvrit, une alarme retentit. L’espace environnant d’un vert sombre devint celui d’un rouge encore plus sombre.
En pleine confusion, les cobayes s’effondrèrent au sol. Je me précipitais tout d’abord vers les humains. Le groupe commença à émerger, à me regarder, à se regarder, à se demander encore si cela était un nouveau cauchemar. Sentant que tout un tas de question allait jaillir, je pris la parole pour leur expliquer la situation, que j’avais du mal à comprendre moi-même.
- « Je ne sais pas exactement qui vous êtes et où nous sommes. Je sais juste que nous sommes des cobayes, et ce malgré nous, d’un groupe qui s’appelle l’Agence. Ils expérimentent sur nous tout un tas d’expériences horribles. Pour ma part, j’ai été sauvé grâce à un membre d’un groupe dissident, nommé la Faction. Ma libération est toute récente et je suis complètement perdu ici. Mais je pense qu’à plusieurs nous serons plus fort. Enfin pour l’instant, il nous faut fuir. »
Apparemment, mon discours trouva écho auprès des humains et des humains-oies, les deux petites créatures semblaient comprendre aussi. Mais les deux reptiles se regardèrent et effectuèrent des danses l’un autour de l’autre sans nous accorder de regard. Quand à l’être à forme de serpent, il avait disparu. Un humain s’avança vers deux humains-oies et discutèrent dans une langue inconnue puis l’humain prit la parole.
- « Nous sommes de la Faction. Nous te remercions sujet numéro 3, de nous être venu en aide. Nous étions volontaires pour infiltrer l’Agence, mais nous nous sommes fait avoir. Apparemment, la Faction possède elle aussi des traîtres. Tu as raison numéro 3, il nous faut fuir à présent. Continue seul, nous emmenons les autres avec nous auprès de la Faction. »
- « Justement, il faut bien que je la rencontre la Faction, leur dis-je. Vous m’avez sauvé mais vous ne m’avez pas dis pourquoi ! Pourquoi m’appelez-vous numéro 3 ? Pourquoi m’avoir sauvé moi ? Que suis-je censé faire ? Comment puis-je quitter ce lieu et revenir auprès des miens ? »
Les humains commencèrent à se lever et à parler entre eux.Un en particulier avait les yeux qui s’agitaient dans tous les sens, il semblait complètement fou. Les membres de la Faction semblaient hésiter à me répondre. L’homme allait me répondre quand, tout au fond du couloir, un sas s’ouvrit, et des êtres sombres en sortirent. Pris de panique, l’homme fou fonça droit sur eux. A leur hauteur, les nouveaux venus firent quelque chose que nous ne vîmes pas bien de loin, et l’homme s’écroula.
La panique nous gagna tous alors. Le groupe d’hommes-oies se précipita et sortit par une issue que je n’avais jusqu’alors pas vu. Les hommes firent de même d’un autre coté. Tout le monde se dispersait, sauf les créatures à forme de reptile, qui foncèrent à leur tour droit sur les individus sombres au loin. Comprenant que ces êtres étaient sans doute de l’Agence, je cherchais aussi à m’enfuir. En courant, je suivis les membres de la Faction et les deux petits êtres. Arrivé à un passage avec de multiples chemins, un des hommes-oies de la Faction prit la parole :
- « Séparons-nous. Toi sujet numéro 3, poursuis ton chemin seul. Par ici, tu arriveras aux profondeurs du complexe. C’est par là que tu dois aller. Les réponses aux questions que tu te poses sont à la base même du complexe. Vas-y, et surtout en chemin, libère le plus de cobayes possibles. »
Puis ils partirent tous, me laissant seul, interdit et sans mot, face à une sorte de rampe descendant vers les profondeurs vertement obscurs du lieu. Mille questions se bousculaient dans ma tête. Mais à ce moment précis, je devais encore et toujours fuir. Je me laissais donc glisser par la rampe, je me croyais encore tomber dans un horrible cauchemar. Plus je descendais, plus la pale lumière verte pâle revenait.J’arrivais alors dans un endroit aussi étrange qu’impossible.
J’avais tellement descendu, je pensais arriver à la base du complexe. Mais devant moi il n’y avait que des plateformes, il ne semblait pas qu’il y ait ici des expériences. Je ne savais pas à quoi servait cet endroit, des passerelles reliaient les plateformes entre elles. Elles étaient construites dans la roche même. Ainsi en dessous des plateformes jaillissaient des failles sans fond, si profondes que je n’y voyais rien, mais ne me risquais pas trop à regarder. Néanmoins je voyais au loin, toujours plus bas, d’autres plateformes. J’étais loin d’être arrivé au plus profond du complexe. La lumière verte réverbérait avec les minerais des roches dans laquelle le complexe était construit, donnant l’horrible impression que je ne pouvais plus désormais voir que les deux couleurs noir et verte.
Mais dans ce lieu, quel qu’il soit, je commençais à être habitué et la surprise fut vite remplacée par de l’énervement. Énervé de ne pouvoir voir la lumière du jour, le soleil ou la lune, peut m’importait. Je voulais sortir, je voulais en finir avec toute cette mascarade. Je ne m’étais pas porté volontaire pour cela, je n’avais signé nulle part, j’étais ici contre mon gré, or ma liberté est une des choses dont je souffrais le plus. Je devais faire confiance à la Faction, je n’avais pas d’autres choix, et si la sortie ou au moins les réponses à toutes mes questions étaient dans ces profondeurs, je n’avais pas vraiment le choix. Un instant je regardais le fond sans fin d’un des gouffres, me disant que je pouvais peut être mettre fin à mon calvaire maintenant. Mais étrangement je ne me sentais pas encore au bout de ma course, j’avais envie de savoir, de comprendre, pourquoi tout ça et qu’est-ce que tout ça.
Prudemment j’avançais vers la prochaine rampe pour descendre dans les entrailles du monde.
Je mets en ligne mes écrits, sans prétention et sans ménagement. En espérant, pas forcément vous plaire, mais au moins vous sortir pour quelques temps de l'ordinaire.
Tous les écrits présentés ici sont mis à la disposition selon les termes de la
Licence Creative Commons.