Un point suivi d’une ligne qui s’étend à l’infini, fluctuant sans cesse entre haut et bas, au rythme d’un bruit répétitif…
Des hommes, des femmes et des enfants. Des êtres humains comme moi. Des personnes emportés par les songes, perdus dans les méandres d'esprits, manipulés ou formatés, contrôlés, étudiés puis... disséqués, démembrés, analysés, découpés, écrabouillés, torturés... tués sans aucun état d'âme et ramenés parfois à la vie pour continuer les expériences. Sujets d'études et d'amusements, brisés comme de simples et vulgaires jouets, détruits et annihilés en masse. Génocide, disparition de tout respect à la vie, nous sommes considérés comme des insectes nuisibles mais inoffensifs. Sous-développés, dans le meilleur des cas rapidement tués, parfois promus au rang d'esclaves, généralement inconscient de la réalité, simplement baignés dans une des nombreuses expériences horribles que ces choses nous font subir avec une certaine délectation...
L'Agence, la Faction, quelque soit le nom qu'ils se donnent, sont deux branches dissidents d'une même horreur, d'une puissance qui nous est supérieure, qui ne cherche qu'à simplement s'amuser en se débarrassant de nous. Ce qui se joue sous mes yeux n'est rien d'autre que le début de l'extermination d'une race toute entière. Non ! Toute cette entreprise est encore plus grande, plus folle, plus irréelle : la race humaine n'est pas la seule enfermée dans cet endroit fou qu'ils nomment Complexe. Au cours de fuite désespérée, j'ai bien pu voir l'étendue des atrocités commises en ce lieu et sur des espèces loin d'être humaines. Peut être suis-je en train d'assister à l'annihilation de toute forme de vie dans l'univers en ce lieu. Seule la race de mes tortionnaires existerait après avoir complètement détruit toute autre trace de vie, quelle que soit cette dernière.
La tête me tourne, rien qu'en imaginant la disparition de l'être humain, je n'arrive pas à me représenter la destruction pure et simple de la vie. J'ai été catapulté dans un univers inqualifiable où je me bat à chaque instant pour quelques minutes de survie supplémentaires. L'immensité de la vérité est trop forte à supporter.
C'est un rêve... Un cauchemar, je veux dire. En tout cas, ce ne peut être la réalité. Rien ne peut être aussi incroyable que ce que je vis actuellement, ou plutôt que je pense vivre. Il faut que cela cesse, que ce rêve implose et que je m'échappe de cette monstruosité. Je dois me réveiller, rien n'est compréhensible en ce lieu, rien n'est réel, je dois me détacher de cette atmosphère qui m'engloutit, je dois me battre pour en sortir...
Quelque part, dans un endroit calme et protégé, il doit y avoir mon corps qui dort profondément, certes troublé et agité par ce cauchemar, mais je vais me réveiller, je vais me réveiller, je dois me réveiller...
Auprès de moi, il y a cette lumière verte diffuse, malsaine, obscurcissant les ténèbres qui m'entourent... Après tout, je n'ai qu'à arrêter de lutter, à cesser, à me rendre... pour que tout finisse... que tout cela cesse... et que je retrouve la quiétude d'esprit.
Mes yeux ont une immense envie de s'avouer vaincus et ne cessent de cligner. Après tout, le sommeil me sera salvateur...
Foutaises !
Les choses se sont passées très vite. Au moment où je commençais à m'éloigner du réacteur, où la lassitude et le désespoir commandaient mes gestes, l'incroyable tension qui pesait sur moi disparu.
Je me retrouve entouré des créatures abjects de l'Agence et de la Faction. Mes tortionnaires semblent étonnés de me voir reprendre mes esprits et arrêtent d'avancer vers moi. Je comprends alors en un instant ce qu'ils étaient en train de me faire. Et moi qui allait me laisser faire... Me laisser endormir, refusant de croire en la réalité, souhaitant fuir et ne pas me confronter à la situation. Ils m'ont encore une fois manipulé, ils ont réussis à modeler mon esprit, à me conditionner, à me contrôler... Je ne sais par quel miracle je suis parvenu à faire tomber cette domination, mais il est clair qu'ils ne vont pas rester inactif face à cet échec.
Je me relève et use de mes forces, encore faibles, qui me reviennent,et me retourne alors pour courir vers le réacteur et sa source d'énergie obscure en son centre. Pris de vitesse, les créatures ne réagissent pas immédiatement et j'atteins la source avant eux.
De part et d'autre, les créatures de la Faction et de l'Agence m'encerclent. Plus question cette fois de rivalité, il semblerait que je représente un trop grand risque pour me laisser encore agir selon ma volonté.
Ouverture du bal...
« Vous avez failli me mettre à genou et à abandonner. Vous m'êtes supérieur et je ne peux lutter contre vous. Mais pour agir ainsi, vous avez aussi peur de moi, ou du possible danger que je représente. Vous avez fait de moi votre expérience, votre sujet préféré. Jusqu'à ce qu'un dysfonctionnement, une querelle davantage politique qu'idéologique ne permette un événement imprévu : mon réveil et ma disparition. J'ai réussi à vous échapper, moi qui était votre mascotte, votre attention première. Mais cela aussi faisait peut être parti de vos plans ou d'une expérience à plus grande échelle. Quoiqu'il en soit, j'ai percé la vérité à jour, et derrière la prétendue opposition qui semblait vous animer, vous m'avez simplement montré que vous aviez les mêmes ambitions atroces... Toutes ces vies perdues en ce lieu, toute cette inhumanité, cette destruction systématique de l'espoir puis de la vie... Je ne parviens pas à saisir le sens de tout cela, vous avez, et depuis longtemps, dépassé les limites de mon système de valeurs, vous êtes encore plus horrible que tout ce que j'aurais pu imaginer de terrible. Tout au long de ma fuite, j'ai entendu les plaintes, les cris et les douleurs de ces vies qui s'éteignaient devant moi. Les expériences que vous nous avez fait subir ne sont rien de moins que des prétextes à l'annihilation de la vie... »
Autour de moi, chacun prit la parole à tour de rôle, mais les phrases ne me venaient que comme une seule et unique voix.
« Sujet numéro 3, nous vous avons sous-estimé, certes. Vous avez dépassé nos meilleures espérances et nous avons été surpris de votre parcours jusqu'ici. Nous vous avons offert de revenir parmi nous. Cette proposition est toujours d'actualité. Vous serez considéré comme il se doit. Selon votre avis, nous vous effacerons la mémoire complètement ou partiellement, supprimant ainsi les choses qui ont pu vous heurter. Vous n'étiez pas censé découvrir autant de chose sur ce qui vous entoure. Vous n'auriez même jamais du vous sortir vivant de la dernière expérience. Faites désormais preuve de raison et rejoignez nous. Éloignez vous de ce réacteur, offrez vous à nous, montrez nous encore vos talents et vos aptitudes humaines, montrez nous encore votre grande personnalité et votre admirable morale. Nous apprendrons de vous, nous évoluerons, sans doute gagnerons-nous en maturité, en stabilité et en humanité... »
« Quel beau discours, de la part de créatures ignorant ce qu'est cette notion d'humanité, du respect et de la valeur de la vie. Créatures horribles, vous souhaitez de moi que je vous divertisse, que je sois votre marionnette, votre pantin, votre objet. Vous avez tellement contrôlé la vie que vous la pensez trop prévisible... S'il y a bien une chose que j'ai compris, c'est que je ne peux en aucun cas vous faire confiance, et que je préfère mourir que de me rendre... »
Je plongeais la main dans le rayon du réacteur. Cette fois la secousse fut plus virulente, tout autour de nous semblait trembler, un tonitruant grondement venant du fin fond des entrailles du Complexe se fit entendre. La sensation était irréelle, je sentais l'énergie me dévorer et en même temps ne pas apprécier cette intrusion en elle. J'enfonçais alors mon avant bras.
Dansez maintenant !
La secousse fut terrible, une partie des installations en hauteur s'écroulèrent. Des passerelles, des portes, des salles entières chutèrent violemment vers les profondeurs du Complexe. Il n'y avait plus d'échappatoire...
Je relâchais, non sans mal, ma pression sur l'énergie du réacteur.
« Très bien, vous disposez d'une certaine... puissance d'argumentation. Nous allons alors vous dire la vérité, quoi qu'elle nous coûte. Vous êtes ici dans l'endroit le plus profond que nous avons exploré. Jamais aucun de nous n'a été plus loin dans le Complexe. Ce réacteur en est la principale source d'énergie. Si vous le perturbez davantage, vous risquez de provoquer une réaction en chaîne dramatique, qui mettrait fin à votre vie ainsi qu'à toutes celles de vos congénères... »
« Vous ne souhaitez évidemment pas être la cause de tant de destruction de vie, vous qui semblez y être si attaché ! Vous disposez d'un moyen de négociation, alors nous vous écoutons, que nous proposez vous ? Que souhaitez-vous ? Nous vous écoutons et nous allons voir ce que nous pouvons vous offrir. »
Lentement, je regardais tour à tour mes interlocuteurs. Une nouvelle lueur habitait leurs yeux, une expression que j'aurais décrite comme étant l'inquiétude. Mais je sentais qu'ils continuaient à jeter à nouveau leur emprise sur moi. Alors sans réfléchir, j'avançais vers le rayon du réacteur.
La pression disparut encore. Les créatures autour de moi se mirent à crier.
« SUJET NUMÉRO 3 ! Ne faites pas cela. Réfléchissez, souhaitez-vous condamner toutes les entités encore vivantes dans tout le Complexe ? Vous les avez vu par vous-même, elles sont légions. Toutes enfermées dans des expériences, où leur attend des épreuves plus ou moins heureuses. Nous pouvons négocier, nous pouvons modifier les conditions des expériences, nous pouvons limiter voire supprimer les morts gratuites, nous pouvons négocier ! Faites appel à votre raison, utilisez les dernières forces qu'il vous reste pour vous concentrer sur la question : ne nous condamnez pas tous à disparaître ! Rejoignez-nous, vous seras exempté d'expérience, vous pourrais même en diriger certaines ! Abandonnez votre idée folle, oubliez cet espoir de mourir, vous êtes beaucoup trop précieux pour nous ! Ralliez-vous à nous ! Quelque soit vos revendications, nous promettons de nous engager à les respecter ! »
Les créatures étaient alors à quelques mètres de moi à peine. Elles déchargèrent une puissance écrasante sur mon esprit, l'envahissant d'images heureuses de certaines de mes épreuves et d'épreuves d'autres cobayes. Paysages idylliques... sentiments de joie... de plénitude... de réjouissance... de jouissance... représentations humaines du bonheur...
Je basculais alors un pied à terre. Rompus, je n'avais plus de choix, plus d'option, plus d'alternative. Je rassemblais mes dernières forces et me relevait.
« Ce... ce que vous appelez... espoir... vous... vous ne savez même pas... ce que cela représente... nous... nous... êtres humains... nous n'acceptons de vivre ainsi... je vais... je vais vous montrer... ce que nous appelons... l'énergie du désespoir... Il vaut mieux...mourir libre... que de vivre privé... de liberté ! »
Je me retournais alors et m'élançait dans le réacteur, dans son centre, dans ce rayon d'énergie concentrée, parsemée de nombreuses variations de vert et de noir, seules couleurs en ces lieux de ténèbres. J'avais agis comme l'avais dicté ma conscience, j'avais décidé de mettre fin à toutes les souffrances... J'avais sauté en espérant que mon geste sauverait toutes les vies emprisonnées dans ce lieu de torture. Au milieu de ce tourbillon d'énergie qui me dévorait désormais totalement, j'eus une dernière pensée pour les autres évadés, peu nombreux. Ma dernière pensée fut malgré tout de l'espoir : j'espérais que ceux qui avaient réussis à s'enfuir, et qui n'avaient pas fait l'erreur comme moi de se précipiter vers l'abysse du Complexe, avaient pu trouver une sortie et quitter ce lieu en passe d'être détruit.
Dépassant les instincts de survie et les règles élémentaires à l'être humain, mon aventure au travers de toutes ces expériences avait forgé une nouvelle valeur, plus importante encore que toute autre. Il n'était plus question de vie désormais, mais de liberté...
Des flammes vertes et noires avalèrent mon corps, la source du réacteur devint instable, toutes les parois de la caverne se mirent à trembler puis à s'effondrer alors que les créatures qui étaient mes bourreaux il y a encore une minute était désormais en train de hurler à la mort, cris de haine et de folie, couverts immédiatement par une explosion provenant du fin fond des profondeurs du Complexe, se répandent comme une flèche, engloutissant tout sur son passage, l'incontrôlable langue de feu verte détruisit toute chose, vivante ou non, sur son passage, entraînant la destruction des expériences, des laboratoires, des salles de surveillances, des explosions en chaîne de fin du monde firent disparaître en un instant ce lieu indescriptible qu'avait été le Complexe...
Un point suivi d’une ligne qui s’étend à l’infini, fluctuant sans cesse entre haut et bas…
Difficile de me faire à l’idée que la Faction n’est finalement qu’une branche dissidente de l’Agence, mais que les deux groupuscules poursuivent le même but, les mêmes expériences, les mêmes atrocités contre la vie.
Il est ici question de génocide et d’inhumanité, voire même, puisque j’ai découvert des êtres vivants loin de ressembler aux humains, d’une inuniversalité. Je digère l’information rapidement, je n’ai plus vraiment le temps de me poser toutes les questions et pourtant elles sont si nombreuses et sans réponses. Voir les deux groupes comme le Ying et le Yang était une erreur, aucun finalement ne représente le bien. Leur seule erreur à eux à peut être été de me sous estimer.
Je ne sais pas encore par quel prodige je n’ai pas encore été capturé et amené à ma perte. Est-ce là la seule vraie chance de ma vie ? En tout cas, je poursuis cet espoir de tout cœur, comprenant que l’exception que je représente doit avoir des répercussions, et ce, pas seulement pour la Faction et l’Agence, mais aussi pour mes congénères, encore vivants et pour la mémoire de ceux,innombrables, déjà réduits en cendre.
Je continue à croire que je peux utiliser cette position à mon avantage. Je continue à porter l’espoir de la fin de cette situation insoutenable pour mes compagnons d’infortune. De toute façon, je n’ai pas réellement le choix, je me dirige vers les profondeurs du Complexe vers lesquelles il n’y a pas de sorties.
Mon erreur a été de croire.
Qu’est ce que je risque après tout ? Si j’échoue, je doute que l’on me fasse retourner gentiment dans ma cage. D’abord parce que je ne le souhaite pas, donc ne me laisserais pas faire. Et de plus car j’ai été l’élément nuisible de toute cette agitation, et généralement on ne règle le genre de problème que je représente qu’en l’éliminant. Définitivement...
Ma vie à perdre ? Pas seulement. S’il n’y avait que la mienne, j’aurais peut être été séduit par l’idée d’abandonner. De me laisser couler dans le canal de tout à l’heure, ou bien de sauter dans une de ces machines infernales, d’aller à la rencontre de mes poursuivants et de capituler. J’aurais pu, si cela n’avait dépendu que de moi. J’aurais pu baisser les bras. Mais pas après avoir vu tout cela, toute cette barbarie, ces expériences, cette cruauté, pas après avoir vu tant d’autres êtres vivants torturés.
Si je suis libre de mes mouvements actuellement et si je peux utiliser cette liberté, certes restreinte, je ne peux décemment que venir en aide à mes semblables,même si pour certains, l’adjectif n’est pas vraiment utilisable.
Maintenant l’objet des expériences m’est devenu facultatif. Je n’ai plus vraiment besoin de savoir pourquoi, dans quel but, les raisons, les causes. La seule chose que j’ai compris, c’est que rien ne justifie tout cela, tout ce qui m’entoure. Rien ni personne.
Mon but est alors devenu simple. Les questions sont mises en suspens, je poursuis ma quête première : arrêter cela !
Pas d’échappatoire.
Mon rôle est minime dans cette grande mascarade. Mais ce que je joue, à l’heure actuelle,c’est l’opportunité. Savoir si elle m’a été donnée par erreur ou non n’est plus la question. Maintenant je ne me base plus que sur les faits. Ce que je sais,c’est que je me rends à la base du Complexe, et que bientôt je devrais arriver à la source d’énergie de ce lieu. Si comme il en a été pour moi, je parviens à l’interrompre, peut être réussirais je à libérer ceux qui sont emprisonnés.Alors peut être que s’ils sont assez nombreux à s’en sortir et à se regrouper,une révolte aura lieu. Même si je doute quand au succès d’un tel évènement, je me rassure en me disant que cette fois, ils pourront lutter pour leur liberté. Je continue de courir, me disant qu’il s’agit peut être de la dernière ligne droite de ma vie. Je pourrais avoir peur, mais pourtant je cours à en perdre haleine vers cet inconnu.
Lentement la roche a remplacé les murs lisses. Les couleurs se sont assombris, il n’y a plus qu’une très légère lueur verte, le reste de l’environnement qui m’entoure est noir, sans reflet.
Je suis au plus profond du Complexe, parmi la terre et la roche. Plus je m’enfonce et plus le Complexe laisse place à ce qu’il y avait avant, une faille béante, naturelle et pourtant dégageant une sorte d’aura surnaturelle.
Et s’il ne devait en rester qu’un ?
Bourdonnement léger au loin, je ralentis la cadence, je dois enfin être près du réacteur. Y’a-t-il un comité d’accueil qui m’attend là bas ? Est-ce que mes poursuivants ont déjà compris mon intention et ma destination ? Y’avait’il un autre moyen, plus rapide, d’accéder au réacteur et me tendent ils un piège ? J’en doute mais il me faut rester prudent. Je me rapproche de la source du bruit lentement.
Au détour d’un petit passage construit dans la roche même, une forte lumière émane,m’éblouissant, moi qui aie été si longtemps dans la pénombre. Une fois habitué,je me rends compte qu’au loin, une imposante machine siège au milieu d’une caverne immense à proportion d’hommes, et la machine en sont centre dépasse tout ce que j’ai pu voir auparavant. Tellement imposante que je doute qu’elle ait été construite par des hommes. Cette chose rayonne d’une énergie verte,bourdonnant doucement comme une pompe s’alimentant de toute la mort qui habite le Complexe. Devant cette machine, je ne ressens que terreur et menace,l’atmosphère est pressante, étouffante. Voici donc le moteur de tout ce mal.
J’arrive à la fin de ma quête, il semblerait que j’ai trouvé ce que je cherchais, ce qui mettra peut être fin à toutes ces expériences. Je continue à m’approcher prudemment, à la fois guettant les moindres réactions de la machine mais aussi de la potentielle présence de mes tortionnaires.
Sur ce dernier point, il semblerait que je sois seul en ce lieu. En réalité, l’attraction macabre que m’inspire le réacteur accapare toute mon attention. Un énorme faisceau central semble être la source de cette énergie maléfique. Je m’en approche doucement. Il y a de l’électricité dans l’air, mes poils sont hérissés, je sens mes membres se pétrifier, mes muscles se contracter, comme si j’appréhendais de recevoir un coup, je ressens la menace qui jaillit de cette source. Je m’en éloigne, je la sens trop puissante et trop instable. Comment détruire une telle machine, annihiler une telle puissance, une telle énergie ?
En réfléchissant à la question, je vois au loin des silhouettes apparaître.
Le réacteur.
S’approchant de plus en plus, je ressens le danger et me rapproche davantage de la source du réacteur, près à sauter dedans plutôt que de me faire reprendre.
« Attendez ! »
Je me retourne vers le groupe. Ils sont une dizaine, tous de forme presque humaine, avec juste comme différence leur long cou, et ce bec en plein milieu du visage. La Faction semble m’avoir retrouvé la première.
« Sujet numéro 3,je vous en prie, nous voulons vous parler ».
Sur mes gardes, je recule encore de quelques pas vers le réacteur.
« Attendez, attendez ! Ne faites pas cela ! Ne vous détruisez pas ! »
« Qu’ai-je comme autre choix ? N’avez-vous jamais réellement prévu de me laisser vivre ? Je sais désormais que ma fuite était un coup monté que vous avez préparé dans le but de gêner les expériences de l’Agence et favoriser les vôtres. »
« Nous ne le nions pas ! Effectivement, nous nous sommes servis de vous pour retarder l’Agence. Mais rien n’est encore joué, revenez près de nous, nous vous expliquerons ! »
« Me croyez-vous assez stupide pour vous faire confiance ? Après tout ce que j’ai vu ? Vous ne valez pas mieux que l’Agence. Si je suis ici, c’est pour arrêter tout cela ! »
« Sujet numéro 3, nous ne vous voulons aucun mal, vous vous méprenez ! »
Je reculais encore vers la source, tellement proche d’elle désormais que son vrombissement me demandait de l’effort pour entendre les arguments de la Faction. Mais la tactique fit mouche.
« Non ! Attendez, sujet numéro 3 ! D’accord, nous vous avons peut être sous estimé. Oui au début nous avions pour but de vous utiliser contre l’Agence.Mais vous avez réussis à vous enfuir, et par là même, à visiter notre organisation. Vous avez été très malin, plus que la plupart des représentants de votre espèce. Si vous continuez encore, vous serez détruit dans ce réacteur.Nous ne pouvons accepter cela ! Vous êtes bien trop précieux ! Vous pouvez grandement nous aider dans nos recherches ! »
« Vous vous moquez de moi ? Vous me proposez de revenir et de reperdre mon existence dans une de vos monstrueuses machines ? »
« Vous ne comprenez pas, le but de notre recherche nécessite tout cela ! »
« Quel est ce but si important qu’il fasse passer des vies pour de vulgaires détails ? »
« Revenez auprès de nous, nous vous expliquerons, vous aurez un statut particulier, vous pourrez décider de subir certains épreuves ou non, vous aurez un certain contrôle sur votre destinée ! »
« Un certain contrôle ! Ce que vous m’offrez, c’est une liberté enchainée ! »
Un grondement guttural se fit entendre, puis une secousse fit trembler un peu la caverne. Le bruit se répercuta longtemps en sourdine au dessus de nous, sans doute dans tout le complexe. Je venais de plonger ma main dans la source d’énergie du réacteur.
On l’a vu sur les caméras de contrôle des niveaux les plus profonds.
On a aussi découvert que La Faction le traquait elle aussi.
On ne comprend pas vraiment pourquoi.
On pensait que c’était La Faction qui l’avait libéré.
On n’a pas vraiment le choix pour connaître la vérité: On doit lui mettre la main dessus avanteux.
On s’inquiète quand même un peu.
On ne voit pas ce que le sujet numéro 3 irait faire dans les sous sols du complexe.
On a échafaudé deux hypothèses.
Soit on pense qu’il est perdu et cherche seulement à fuir.
Soit on pense qu’il a une idée derrière la tête.
On a vraiment peur de la seconde solution.
On ne pense pas que le sujet numéro 3 puisse avoir connaissance du complexe.
Mais le fait qu’il se dirige vers le réacteur principal n’est peut être pas dû au hasard.
On a surtout peur de le sous-estimer.
Sa survie est la preuve qu’On ne peut que modérément le juger.
Mais comment expliquer que La Faction soit à ses trousses ?
Aurait-elle fait une erreur ?
Et si le sujet numéro 3 avait été sous estimé des deux côtés?
On ne pense pourtant pas le sujet numéro 3 capable de nuire.
C’est une des raisons de notre choix.
On a longtemps étudié le sujet numéro 3.
On l’a apprécié parce qu’il était différent des autres.
On envisage l’avoir peut être un peu trop vite classé.
On doit désormais changer la façon de voir le sujet numéro 3.
Il est seul contre tous, contre tout le complexe.
Les autres évadés ont tous été retrouvé et liquidé.
Malgré le fait que le sujet numéro 3 soit le meilleur sujet qu’On est eu à voir jusqu’à présent, il ne faudra pas hésiter lorsqu’On se retrouvera devant lui.
Il en sait beaucoup trop maintenant.
On ne peut pas se permettre de le laisser filer ou de compromettre le complexe et les expériences.
On se fend le cœur à l’idée de devoir le supprimer.
On espère juste arriver avec la Faction.
On espère juste que tout va se passer comme prévu.
On est certain que la traque va bientôt se terminer.
Et pourtant, On était tout aussi certain que les expériences étaient inattaquables.
Nous sommes dans une situation critique.
Jusque là, nous avions réussi à parfaitement contrôler le sujet numéro 3.
Nous l’avons fais fuir, nous l’avons guidé, puis nous l’avons perdu.
Perdu là où il était le plus dangereux de le perdre : chez nous.
L’Agence vient seulement de se rendre compte de sa présence dans les sous sols.
Nous les méprisons, ces ignorants.
La situation est beaucoup plus périlleuse que l’Agence peut le penser.
Nous avons perdu le contrôle.
Nous nous le sommes répété sans cesse.
Maintenant il nous reste plus qu’à agir de nouveau.
Malgré toute l’énergie investie dans cette étape de la Faction,Nous devons nous rendre à l’évidence : le plan initial est désormais corrompu.
Le sujet numéro 3 ne sera pas plus notre cobaye que celui de l’Agence.
Ce qui nous effraie surtout,c’est que le sujet numéro 3 ait changé d’attitude.
Il a pris en compte des nouveaux facteurs.
Nous ne pensions pas qu’il réagirait comme cela.
Tout comme nous ne pensions pas qu’il serait assez malin pour découvrir la vérité.
Nous pensions le rallier à notre cause.
Nous pensions le contrôler contre l’Agence.
De toute évidence, Nous avons échoué.
Le souci, c’est que le sujet numéro 3 n’a pas seulement découvert la vérité au sujet de l’Agence… Il a aussi fait de même avec Nous.
Le fait qu’il se dirige vers le réacteur principal n’augure rien de bon.
Il Nous faut l’arrêter avant que l’impensable ne se produise.
Même si nous continuons à ne pas l’en croire capable.
Nous pensions le connaître.
L’Agence pensait le connaître.
Qui sait désormais de quoi le sujet numéro 3 est capable ?
Un point suivi d’une ligne qui s’étend à l’infini, fluctuant
sans cesse…
Essayant,
pendant un temps, de me diriger dans ce courant, je me suis laissé bercer par
l’eau qui m’entrainait encore plus profondément dans le complexe. A croire qu’il
n’a pas de fond.
Dérivant
ainsi, j’ai pu voir encore et toujours des expériences et c’était toujours la
même chose qui s’offrait à mes yeux : machines d’un autre âge, de torture
ou d’étude, des cages de toutes sortes qui respiraient le mal et la mort.
J’ai
encore vu des amas de squelettes, les déchets sans doute, des cadavres parfois
encore en début de décomposition. Chose fascinante pourtant, j’ai traversé des
endroits où les expériences hébergeaient encore des cobayes vivants. La joie de
retrouver une trace de vie a vite été dépassée par la frustration de ne pouvoir
m’arrêter et de leur porter secours. Il faut que toute cette souffrance cesse.
Je dois faire quelque chose.
Malheureusement,
je suis juste passé devant eux. Certains étaient même conscients et m’ont
adressé un regard plein de sentiments horribles, d’injustice, de pitié, de
compassion, de peur et d’envie, de résignation et d’espoir. Difficile d’assumer
tout ce qu’il m’arrive. Je suis certes en liberté par rapport à eux, mais je
reste enfermé dans cet endroit sans parvenir à m’échapper.
Une
autre chose pourtant à changée. Je ne suis plus dans un environnement vert et
noir. Désormais les teintes sont ocres et noires. Changement notable et qui me
rappelle avoir vu le mot Faction écrit à l’entrée de ce tunnel aquatique.
Est-ce un cobaye qui, comme moi, a pu s’échapper pendant un moment et a écrit
ce mot ici ? Si l’ambiance a changé, dans quel endroit suis-je
maintenant ? Pourquoi la
Faction était-elle annoncée ? Je souffre tellement de tant
de questions intérieures que je pourrais en exploser. Ma principale question
est de connaître mon but, s’il y en a un. Car j’ai toujours pensé que chaque
chose, chaque endroit, chaque personne, chaque évènement avait une raison.
Désormais
je doute. Suis-je destiné à errer sans cesse dans ce dédale macabre, découvrant
sans cesse les atrocités qui sont faites à mes semblables, sans pour autant
parvenir à intervenir, à faire quoique ce soit qui puisse changer la
donne ? Si cela se trouve, je suis toujours dans une expérience et c’est
encore un test. La lassitude me gagne…
En
fait, la lassitude rejoint la fatigue qui me pesait déjà sur les épaules. J’ai
tellement envie de laisser tout tomber. Se pourrait-il que je puisse intégrer
une expérience uniquement agréable si je me rendais à l’Agence ? Je chasse
rapidement cette idée. Même si le repos et la quiétude sont agréables, cela ne
vaut pas la liberté.
Apparemment
j’arrive enfin au bout de mon voyage d’eau. Une passerelle assez basse pour que
je puisse l’atteindre se trouve un peu devant moi. Sur la passerelle, une
ouverture qui mène encore dans des salles obscures et effrayantes. Mais je ne
tiens pas à rester dans l’eau un instant de plus. Qui sait où elle pourrait se
jeter.
J’agrippe
la passerelle et me hisse hors de l’eau. L’ouverture donne sur un long couloir
rempli d’une sorte de paroi transparente. Je vois derrière celle-ci encore des
horribles expériences. Ma colère redevient mon principal sentiment. Je traverse
le couloir en regardant souffrir des créatures que je ne saurais nommer ni
décrire. La seule chose que je comprends, c’est qu’elles ne sont pas ici de
leur plein gré, et qu’il me faudrait, elles aussi, les délivrer du joug de
l’Agence.
J’arrive
à un sas que je franchis. La surprise est alors grande. Je me trouve dans une
vaste salle. Au sol trainent câbles, autres expériences, chevalets de tortures,
bureaux et moniteurs de contrôle, ainsi que toutes sortes de machines dont
j’ignore tout. Mais dans une seconde partie, une imposante bibliothèque me fait
face.
Je
déambule à travers les cuves et les moniteurs, reste glacé d’horreur devant un
cadavre humain récemment disséqué, et trouve une échelle pour accéder aux
livres. Les livres sont sources de connaissance, alors j’espère pouvoir enfin
en apprendre plus sur tout ce qu’il m’arrive. Je prends le premier dossier et
tombe de stupeur. Je prends le suivant, puis encore un autre au hasard.
Tous
sont identiques et portent le mot Faction en couverture. « Faction -
Rapport d’Analyse MT001 : Expérience 412PP6 », « Faction -
Rapport d’Avancée de l’Agence », « Faction - Rapport Succès de l’Agence »,
« Faction - Rapport de Performance Comparée entre la Faction et l’Agence »,
« Faction - Rapport Cobayes Utilisables de l’Agence », « Faction
- Rapport sur le Sujet Numéro 3 »... Je feuillette celui-ci en premier.
Tout
ce que j’ai enduré est écrit. Mes doutes, mes songes, mes rêves et mes
expériences. Tout comme noté d’un observateur qui lirait mes pensées. Tout est
écrit avec détails, même mon évasion et ma fuite à travers le complexe. Mais
que fait la Faction
dans tout cela. Je me croyais pourchasser par l’Agence, mais la Faction me surveille
autant qu’elle. J’ouvre alors les autres dossiers. C’est alors que je comprends
la machination. Je suis dans la partie de la Faction du complexe.
Toutes
les dernières expériences que je viens de voir ne sont plus celles de l’Agence...
Ainsi la Faction
et l’Agence se livrent un combat, mais sont toutes deux coupables des mêmes
horreurs. On m’a manipulé !
Pourquoi
tout cela ? Pourquoi la
Faction m’a-t-elle sauvée ? Est-ce vraiment comme ce
rapport l’indique, pour retarder l’Agence ? Est-ce par ce que j’ai des
aptitudes hors normes, comme le dit cet autre ? J’ai tant cherché à
comprendre que la densité des informations en ce lieu me tourne la tête. J’ai
des vertiges.
Je
réalise que je n’ai été que le pantin de la Faction. Quand elle m’a
délivrée pour que, sous disant, je sauve d’autre cobayes, c’était en réalité
pour freiner le plus possible l’Agence, pour que la Faction continue
tranquillement ses expériences. Mais pourquoi m’avoir dit d’aller vers les
profondeurs du complexe, là où se trouvent les expériences de la Faction ? N’étais-je
pas sensé les découvrir ? Est-ce que je devais bêtement être repris par
l’Agence une fois qu’elle avait découvert ma fuite ? Est-ce que tout cela
est programmé ? Ou bien est-ce que l’on m’a sous évalué ?
Que
faire maintenant que je connais la vérité ? Que faire contre l’Agence et
contre la Faction ?
Quelle est la solution maintenant que je sais que ni l’une ni l’autre n’est
bonne ? Comment puis-je stopper tout cela ?
Je
recherche encore dans l’immense bibliothèque. J’attrape « Faction -
Rapport Schémas et Plans détaillés du complexe ». Je découvre alors que le
complexe est le plus incroyable labyrinthe qu’il ne m’a jamais été donné de
voir. C’est une chance incroyable que j’eusse réussi à échouer ici apparemment,
car c’est l’une des rares entrées non surveillées.
En
regardant en détail, je me rends compte qu’il n’existe aucune issue dans les
profondeurs du complexe, et j’en suis déçu même si cela faisait un moment que
je m’imaginais la chose. Si les plans sont exacts, il semblerait que je sois
encore très loin du fond du complexe, mais pas très loin du réacteur principal
de celui-ci.
Cette
information m’intrigue tout à coup. Ce réacteur est immense, ce qui est logique
pour pouvoir alimenter tout ce qu’il m’a été donné de voir, mais se situe dans
une partie neutre, hors des territoires de l’Agence ou de la Faction. Il est en liaison avec
des centaines de plus petits réacteurs qui s’autoalimentent entre eux.
Si
je coupe le réacteur principal, je coupe ainsi le courant et les expériences
s’éteignent. Dans le meilleur des cas, les cobayes peuvent alors s’échapper, dans
le pire, ils en mourront mais au moins ne souffriront plus.
Ma
décision est rapidement prise. Je dois me rendre au réacteur.
Un point suivi d’une ligne qui s’étend à l’infini…
Je ne cours
plus, je n’en ai plus vraiment la force. Depuis combien de temps n’ai-je pas
dormi ? Impossible de répondre. Depuis que j’ai quitté les étages supérieurs,
rien ne m’a montré que j’étais poursuivi. Je peux m’accorder un peu de répit
après tout.
Cet endroit
semble sans fond. Pourquoi ai-je suivi ce conseil ? Pourquoi me suis-je
enfoncé dans les profondeurs ? Il me semble désormais évident que la
sortie se trouvait en haut et non en bas. Se sert-on encore de moi ? Je le
pense, mais j’ignore dans quel but. On ne m’a pas donné d’indice et depuis que
je descends seul au fond du monde je n’en ai pas trouvé qui puisse m’aider.
Partout je
n’ai vu que désolation. D’abord j’ai découvert de nombreux corps, ou du moins
ce qu’il en restait. Parfois ce n’était pas humain. Parfois je ne pouvais dire
si cela l’avait été. Ces personnes qui ont fait tant de mal, cette Agence,
selon ceux qui m’ont libéré, ces scientifiques du mal, ont effectué une
véritable boucherie. Je n’ai vu personne de vivant depuis ma fuite. Je suis
seul, dans une immense machination, une expérience atroce. Il ne fait aucun
doute que si j’étais resté prisonnier, je n’aurais pas survécu longtemps et j’aurais
aussi terminé d’une façon bien horrible. Je devrais être reconnaissant à la Faction… Pourtant…
Pourquoi
ai-je le sentiment qu’on me cache encore quelque chose ? Pourquoi m’avoir
sauvé, moi, et pas tenter de sauver tous les autres, ceux pour qui il n’était
pas trop tard ? Pourquoi selon la Faction suis-je plus spécial que les
autres ? Bien sur, j’apprécie d’avoir été sauvé, mais je commence à
souffrir du syndrome du survivant. Je commence à me dire que j’aurais mieux
fait de mourir avec les autres. Ou bien que nous soyons tous sauvés. Mais être
le seul à s’en sortir est une chose difficile à supporter. Le poids sur mes
épaules est lourd. J’ai promis de me venger. Mais comment, si je fuis les
personnes qui nous ont fait tant de mal ? Pourquoi m’a-t-on dit d’aller
dans les profondeurs de cet endroit ? Que vais-je y trouver d’autres que
ce que j’ai vu pour l’instant ? Mutilations, tortures, souffrances, morts,
et quoi d’autre encore ?
Et puis
j’en ai aussi marre de ne traverser que des salles remplies de moniteurs,
d’écrans d’observation, la machine infernale, de cuves avec cet étrange liquide
vert sombre, et de ces charniers et ces amas de squelettes. Tout ici crie la
mort. Comment ne pas devenir fou devant toutes ces atrocités ? Combien
ai-je déjà vu de cadavres ? Cinq cents ? Mille ? Plus
encore ?
Il faut que
je fasse une pause, j’ai un vertige rien que d’y penser. On compte sur moi,
mais je ne suis pas sur d’être à la hauteur. Et puis devant tout cela, moi,
seul, insignifiant, que suis-je sensé faire ?
Répit.
Un peu plus
bas, j’entends un bruit qui m’est familier. Surprenant en ce lieu. Mais oui, je
ne me trompe pas. J’entends le bruit d’un élément. Enfin quelque chose que je
connais. Je me penche doucement au dessus du vide pour regarder. Il y a une sorte
de chute d’eau un peu plus bas, je dirais environ deux étages encore à
descendre pour m’en approcher. Je m’écarte du vide et reprend ma route. Je vais
m’arrêter là bas. Deux étages, cela est vite attient. Combien en ai-je déjà
traversé ? J’ai perdu le compte assez tard, vers quarante. Quelque fois
j’ai eu l’impression que je revenais au même endroit, tant les étages se
ressemblaient, même expériences, même salles de surveillance, même charniers. Cette
cascade me donne enfin un point de repère. Maigre consolation.
J’arrive
dans un étage où l’eau de cette cascade est utilisée pour faire fonctionner des
cuves, vides cette fois. L’eau provient de la roche qui entoure cet endroit
étrange. Elle s’insinue doucement et se rassemble dans un petit étang qui se
termine en cascade vers les profondeurs. Cela ne me paraît pas logique, mais
dans ce lieu je me suis fait à l’idée que ma logique était à laisser de côté.
Je
m’approche de la sorte d’étang. L’eau semble normale, dans le sens où elle
n’est pas d’un vert horrible ou d’un rouge sang. Je tente de plonger ma main
dedans. Contact froid. Je retire ma main. Tout va bien. Je reste quelques
instants à douter, puis je rassemble mes deux mains et tente de boire un peu
d’eau. C’est d’un bonheur sans nom.
L’eau est
particulièrement fraîche, je ne résiste pas, je commence doucement à entrer
dans l’eau. Je grelotte quelque peu au début mais je prends vite mes marques.
Après un petit moment d’adaptation, je plonge entièrement. Je ne comprends pas
comment une chose si belle, qui est synonyme de vie, puisse encore exister dans
ce lieu. Après toute la destruction que je viens de traverser, je suis
agréablement surpris de voir que la vie peut gagner. La voilà ma pause bien
méritée.
Alarme.
Je faisais
la planche sur l’eau quand cela est arrivé. D’un seul coup tout est devenu
rouge autour de moi. Une alarme stridente a retentie. La même que lorsque je me
suis échappé. Est-ce une autre évasion ? Je souris d’abord en pensant que
c’est le cas, tellement je me sens distant de tout. Puis je reprends conscience
que cette alarme m’est peut être aussi destinée.
Je nage
vers le rebord et je ressors de l’eau rapidement. Je dois reprendre ma fuite. Mes
vêtements sécheront sur la route. Courage et espoir me reviennent. Je dévale
les restes d’un escalier automatique et me retrouve dans une salle remplie
d’eau.
Au milieu
de celle-ci, une passerelle menant encore à des cuves de tortures. Je fais le
tour de la pièce. Je trouve des moniteurs de contrôle qui fonctionnent. Mes
peurs sont vérifiées : ce sont après moi qu’ils en ont. Ils m’ont
retrouvé, je ne sais comment. Je change les canaux du moniteur et voit
plusieurs groupes de créatures qui se déplacent rapidement, sachant où me
chercher. Je reconnais l’endroit où est un groupe. Seulement quelques étages plus
hauts. Ils sont juste sur mes pas !
Je dois
encore fuir. Mais ils sont si près ! Où me cacher. C’est alors que je fais
le tour de la salle des yeux. Je suis dans un cul de sac. Il n’y a pas d’autre
sortie que celle que j’ai empruntée pour venir. Je me suis moi-même
piégé ! Je pourrais plonger dans l’eau sous mes pieds, mais je doute
pouvoir y rester assez longtemps sans me faire repérer. Je me tourne alors vers
le sas, prêt à affronter mes ennemis, dans un ultime désespoir. Ils ne me
prendront pas vivant. Je me battrais. Sur le moniteur, je les vois approcher de
plus en plus, ce n’est qu’une question de minutes. Tout cela pour rien…
C’est alors
que je remarque qu’une partie de la passerelle se termine dans l’eau. Je
m’approche. Un sas est au fond de l’eau, engloutie. La chance ne m’a pas
quittée ! Enfin j’espère... Je plonge.
Evidemment
le sas est fermé. Impossible de le bouger d’un pouce. Je remonte à la surface
respirer. J’ai donc perdu… Mais je ressens un léger courant dans l’eau. C’est
étrange, ce courant semble conduire vers un mur de la salle.
Je me
rapproche pour l’examiner, mais je ne remarque rien ne me frappe, pas de
sortie. Je pose néanmoins ma main sur le mur… et ne rencontre aucun mur. Ma
main a traversé.
J’entends
des pas qui s’approchent. Je ne réfléchis plus. Je passe tout entier à travers
le mur. Le courant devient plus fort. Je suis dans une sorte de tunnel. Un
passage secret entre différentes salles ?
Levant les
yeux, je vois des inscriptions et je suis abasourdi en reconnaissant le mot
« Faction »…
Je mets en ligne mes écrits, sans prétention et sans ménagement. En espérant, pas forcément vous plaire, mais au moins vous sortir pour quelques temps de l'ordinaire...