Quo vadis ? XVI

Quo vadis ? XVI

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Un point suivi d’une ligne qui s’étend à l’infini…

 

 

            Je ne cours plus, je n’en ai plus vraiment la force. Depuis combien de temps n’ai-je pas dormi ? Impossible de répondre. Depuis que j’ai quitté les étages supérieurs, rien ne m’a montré que j’étais poursuivi. Je peux m’accorder un peu de répit après tout.

 

            Cet endroit semble sans fond. Pourquoi ai-je suivi ce conseil ? Pourquoi me suis-je enfoncé dans les profondeurs ? Il me semble désormais évident que la sortie se trouvait en haut et non en bas. Se sert-on encore de moi ? Je le pense, mais j’ignore dans quel but. On ne m’a pas donné d’indice et depuis que je descends seul au fond du monde je n’en ai pas trouvé qui puisse m’aider.

 

            Partout je n’ai vu que désolation. D’abord j’ai découvert de nombreux corps, ou du moins ce qu’il en restait. Parfois ce n’était pas humain. Parfois je ne pouvais dire si cela l’avait été. Ces personnes qui ont fait tant de mal, cette Agence, selon ceux qui m’ont libéré, ces scientifiques du mal, ont effectué une véritable boucherie. Je n’ai vu personne de vivant depuis ma fuite. Je suis seul, dans une immense machination, une expérience atroce. Il ne fait aucun doute que si j’étais resté prisonnier, je n’aurais pas survécu longtemps et j’aurais aussi terminé d’une façon bien horrible. Je devrais être reconnaissant à la Faction… Pourtant…

 

            Pourquoi ai-je le sentiment qu’on me cache encore quelque chose ? Pourquoi m’avoir sauvé, moi, et pas tenter de sauver tous les autres, ceux pour qui il n’était pas trop tard ? Pourquoi selon la Faction suis-je plus spécial que les autres ? Bien sur, j’apprécie d’avoir été sauvé, mais je commence à souffrir du syndrome du survivant. Je commence à me dire que j’aurais mieux fait de mourir avec les autres. Ou bien que nous soyons tous sauvés. Mais être le seul à s’en sortir est une chose difficile à supporter. Le poids sur mes épaules est lourd. J’ai promis de me venger. Mais comment, si je fuis les personnes qui nous ont fait tant de mal ? Pourquoi m’a-t-on dit d’aller dans les profondeurs de cet endroit ? Que vais-je y trouver d’autres que ce que j’ai vu pour l’instant ? Mutilations, tortures, souffrances, morts, et quoi d’autre encore ?

 

            Et puis j’en ai aussi marre de ne traverser que des salles remplies de moniteurs, d’écrans d’observation, la machine infernale, de cuves avec cet étrange liquide vert sombre, et de ces charniers et ces amas de squelettes. Tout ici crie la mort. Comment ne pas devenir fou devant toutes ces atrocités ? Combien ai-je déjà vu de cadavres ? Cinq cents ? Mille ? Plus encore ?

 

            Il faut que je fasse une pause, j’ai un vertige rien que d’y penser. On compte sur moi, mais je ne suis pas sur d’être à la hauteur. Et puis devant tout cela, moi, seul, insignifiant, que suis-je sensé faire ?

 

Répit.

 

            Un peu plus bas, j’entends un bruit qui m’est familier. Surprenant en ce lieu. Mais oui, je ne me trompe pas. J’entends le bruit d’un élément. Enfin quelque chose que je connais. Je me penche doucement au dessus du vide pour regarder. Il y a une sorte de chute d’eau un peu plus bas, je dirais environ deux étages encore à descendre pour m’en approcher. Je m’écarte du vide et reprend ma route. Je vais m’arrêter là bas. Deux étages, cela est vite attient. Combien en ai-je déjà traversé ? J’ai perdu le compte assez tard, vers quarante. Quelque fois j’ai eu l’impression que je revenais au même endroit, tant les étages se ressemblaient, même expériences, même salles de surveillance, même charniers. Cette cascade me donne enfin un point de repère. Maigre consolation.

 

            J’arrive dans un étage où l’eau de cette cascade est utilisée pour faire fonctionner des cuves, vides cette fois. L’eau provient de la roche qui entoure cet endroit étrange. Elle s’insinue doucement et se rassemble dans un petit étang qui se termine en cascade vers les profondeurs. Cela ne me paraît pas logique, mais dans ce lieu je me suis fait à l’idée que ma logique était à laisser de côté.

 

            Je m’approche de la sorte d’étang. L’eau semble normale, dans le sens où elle n’est pas d’un vert horrible ou d’un rouge sang. Je tente de plonger ma main dedans. Contact froid. Je retire ma main. Tout va bien. Je reste quelques instants à douter, puis je rassemble mes deux mains et tente de boire un peu d’eau. C’est d’un bonheur sans nom.

 

            L’eau est particulièrement fraîche, je ne résiste pas, je commence doucement à entrer dans l’eau. Je grelotte quelque peu au début mais je prends vite mes marques. Après un petit moment d’adaptation, je plonge entièrement. Je ne comprends pas comment une chose si belle, qui est synonyme de vie, puisse encore exister dans ce lieu. Après toute la destruction que je viens de traverser, je suis agréablement surpris de voir que la vie peut gagner. La voilà ma pause bien méritée.

 

Alarme.

 

            Je faisais la planche sur l’eau quand cela est arrivé. D’un seul coup tout est devenu rouge autour de moi. Une alarme stridente a retentie. La même que lorsque je me suis échappé. Est-ce une autre évasion ? Je souris d’abord en pensant que c’est le cas, tellement je me sens distant de tout. Puis je reprends conscience que cette alarme m’est peut être aussi destinée.

 

            Je nage vers le rebord et je ressors de l’eau rapidement. Je dois reprendre ma fuite. Mes vêtements sécheront sur la route. Courage et espoir me reviennent. Je dévale les restes d’un escalier automatique et me retrouve dans une salle remplie d’eau.

 

            Au milieu de celle-ci, une passerelle menant encore à des cuves de tortures. Je fais le tour de la pièce. Je trouve des moniteurs de contrôle qui fonctionnent. Mes peurs sont vérifiées : ce sont après moi qu’ils en ont. Ils m’ont retrouvé, je ne sais comment. Je change les canaux du moniteur et voit plusieurs groupes de créatures qui se déplacent rapidement, sachant où me chercher. Je reconnais l’endroit où est un groupe. Seulement quelques étages plus hauts. Ils sont juste sur mes pas !

 

            Je dois encore fuir. Mais ils sont si près ! Où me cacher. C’est alors que je fais le tour de la salle des yeux. Je suis dans un cul de sac. Il n’y a pas d’autre sortie que celle que j’ai empruntée pour venir. Je me suis moi-même piégé ! Je pourrais plonger dans l’eau sous mes pieds, mais je doute pouvoir y rester assez longtemps sans me faire repérer. Je me tourne alors vers le sas, prêt à affronter mes ennemis, dans un ultime désespoir. Ils ne me prendront pas vivant. Je me battrais. Sur le moniteur, je les vois approcher de plus en plus, ce n’est qu’une question de minutes. Tout cela pour rien…

 

            C’est alors que je remarque qu’une partie de la passerelle se termine dans l’eau. Je m’approche. Un sas est au fond de l’eau, engloutie. La chance ne m’a pas quittée ! Enfin j’espère... Je plonge.

 

            Evidemment le sas est fermé. Impossible de le bouger d’un pouce. Je remonte à la surface respirer. J’ai donc perdu… Mais je ressens un léger courant dans l’eau. C’est étrange, ce courant semble conduire vers un mur de la salle.

 

            Je me rapproche pour l’examiner, mais je ne remarque rien ne me frappe, pas de sortie. Je pose néanmoins ma main sur le mur… et ne rencontre aucun mur. Ma main a traversé.

 

            J’entends des pas qui s’approchent. Je ne réfléchis plus. Je passe tout entier à travers le mur. Le courant devient plus fort. Je suis dans une sorte de tunnel. Un passage secret entre différentes salles ?

 

            Levant les yeux, je vois des inscriptions et je suis abasourdi en reconnaissant le mot « Faction »…



quo vadis escapades nocturnes

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Ajouté le 16:53 à 19/7/2009
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Je mets en ligne mes écrits, sans prétention et sans ménagement. En espérant, pas forcément vous plaire, mais au moins vous sortir pour quelques temps de l'ordinaire...

Escapades Nocturnes


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