Celui qui devait mourir pour exister

Celui qui devait mourir pour exister

  Quo vadis ? XIII.. | Page d'accueil | Attentat.. 




-         S’il vous plait, monsieur…

 

Il se pencha davantage pour se faire voir. L’homme assis parterre tendait une corbeille vers l’homme devant lui, réclamant quelques francs pour pouvoir manger. Sèchement mais sans méchanceté, il détourna son regard et continua son chemin. L’homme assis le regarda s’éloigner et songea pendant quelques secondes à de nombreuses choses, puis se retourna et tendit sa maigre corbeille vers un nouvel inconnu qui passait.

 

            Bien sur,il aurait pu lui donner quelque chose. Voire même beaucoup. Il lui restait plusieurs billets sur lui, et maintenant, il ne voyait pas trop l’utilité de les garder. Il aurait pu faire une bonne action, sa dernière bonne action. Mais ouvrir son imperméable, pour en sortir son portefeuille rangé dans sa poche intérieure gauche, aurait déclenché le mécanisme.

 

Un peu plus loin, descendant les Champs et s’engouffrant dans la bouche de métro la plus proche, il fut bousculé par ces parisiens,hommes stressés par nature courant sans cesse après le temps ou l’argent, ou la petite bête. Il s’inquiéta vite de cette proximité trop dangereuse, autour de ces gens si imprévisibles.

 

            Bien sur,il aurait pu faire en sorte que le mécanisme soit moins sensible, ou alors utiliser un détonateur, ou une minuterie, ou encore pleins d’autres procédés.Mais avoir choisi ce moyen lui donnait la sensation d’être uni avec elle. Et puis, cela rendait les chances d’échouer quasiment nulles.

 

Il prit soin d’éviter de se retrouver sur le chemin d’un métropolitain trop pressé, ce qui gâcherait tout. En finir maintenant serait décevant, alors qu’il espérait tellement mieux, tellement plus retentissant. Il savait bien que le seul itinéraire était de passer par le métro et que cette partie serait la plus dangereuse de son voyage. Il enjamba le portique d’entrée du métro, sans ticket, sous les regards surpris mais habitués des autres métropolitains.

 

            Bien sur,il aurait pu chercher à ne pas se faire remarquer, à payer le ticket et faire comme tout le monde, ou alors avoir prévu et acheté à l’avance. Mais il voulait aussi ajouter une part de danger dans le processus. C’était un moyen comme un autre de renforcer son excitation.

 

Sur le quai de la rame, il évita de se mettre devant,préférant se mettre à l’écart, derrière la foule parisienne qui aime se déplacer avec fracas. Il attendit donc que le quai se vide un peu avant de monter à son tour. Dans la rame il se sentit inquiet. Tous étaient debout, les places assises étaient si rares. Tous se regardaient ou essayaient de ne pas se regarder. Tous étaient collés les uns contre les autres.

 

            Bien sur,il avait pensé à prendre un autre moyen de transport. Mais étant assis, il pouvait plus facilement déclencher le mécanisme. La voiture était donc à exclure et le taxi aussi. Le vélo était hors de question et marcher aurait été assez long et fatigant. Mais c’était surtout qu’utiliser le métro, à Paris,était une chose plus que banale. Et il voulait l’emprunter pour une dernière fois.

 

La rame s’arrêtait sèchement à chaque arrêt, augmentant l’adrénaline, la sueur commençait à perler sur son front. Sensible voire peut-être trop sensible, oui. Un simple petit contact suffisait.

 

            Bien sur,il aurait pu ne pas se cramponner à cette barre transversale, à chaque arrêt,en prévision de la secousse de ralentissement. Il aurait pu en finir maintenant. Mais il y aurait eu quiproquo. On l’aurait assimilé avec les attentats du RER de 95. Alors qu’il n’avait aucune intention de terrorisme ni de revendication.

 

Arrivé à la station Louvre - Rivoli, il sortit doucement, prenant garde de n’approcher personne de trop près. Il connaissait bien l’endroit. Il était venu plusieurs fois repérer les lieux. Il monta un escalier, puis un second, ouvrit une porte, descendit et se retrouva au second sous sol au dessous du Louvre. Il reprit alors deux escalators et arriva à sa ligne droite. Une longue allée bordée de magasins hors de prix de marques internationales au bout duquel il apercevait déjà la pyramide.

 

            Bien sur,il aurait pu renoncer à tout instant. Surtout à cet instant en fait, si proche du but, cet instant décisif. Mais non, il pensa que ça y était, c’était la fin du voyage, qu’il ne restait plus qu’à le faire. Il n’abandonna pas, cela aurait été trop bête après tant de préparation.

 

Arrivé dans le lumineux espace vide qui se trouve au dessous de la pyramide en verre du Louvre, il se dirigea à gauche, vers l’entrée du célébrissime musée.

 

            Bien sur,il aurait pu encore une fois rentrer comme tout le monde, en payant son entrée.Mais cela n’avait plus grand intérêt de faire comme tout le monde. Il se mit donc à courir et dépassa les touristes dans la file d’attente. Courir était difficile, à cause du mécanisme trop sensible. Mais il rentra dans le musée avec de grandes foulées rapides sous les regards médusés des gardiens qui mirent trop de temps avant de comprendre et de réagir.

 

Deux gardiens se regardèrent et s’interrogèrent pendant suffisamment de secondes, puis se mirent à le poursuivre et à crier. Il essaya d’aller plus vite encore, mais il ne put pas vraiment, à cause de la grande masse de touristes. Mais il avait une avance suffisante pour l’objectif qu’il s’était fixé.

 

            Bien sur,il aurait pu choisir n’importe quoi. Mais il ne voulait pas du hasard dans sa vie, ou en tout cas pas dans sa prise de décision. Il avait déjà repéré les lieux, il avait tout établi, analysé et défini. Il savait maintenant qu’il allait réussir.

 

Il monta deux escaliers avant d’être rattrapés par les gardiens. Il était proche, si proche de son but. Il entra dans la grande,l’immense salle où était exposée la fameuse Joconde. Il entendit les gardiens crier à tous de l’arrêter. Il jubilait.

 

            Bien sur,il s’était demandé comment tout cela se finirait. La toute fin. Il avait envisagé plusieurs scénarios. Mais pas celui qui se produisit. La Joconde était au fond de la salle, il s’élança dans un ultime effort.

 

                        Bien sur, il ne pouvait anticiper les réactions de tous et surtout pas celles des nombreux touristes étrangers venus des quatre coins du monde pour visiter l’art. Il avait fais un jeu mental, se demandant de quelle nationalité aurait été le plus grand nombre de victime, ou encore quelle serait la nationalité de celui qui déclencherait le mécanisme. Un touriste japonais avec son appareil photo à la main ? Un gardien français ? Un groupe de touristes américains ?

 

                                   Bien sur, ce n’était pas important de savoir.

                                              

                                               Bien sur, il ne le saurait jamais, que cet homme qui se jeta sur lui pour l’arrêter,ayant compris les mots criés des gardiens du musée, était allemand. Ce dernier se jeta sur lui et lui attrapa les chevilles. Stoppé dans son élan, il tomba donc et fut triste que cela arriva si loin encore du plus grand tableau du monde, ici seulement, au milieu de l’immense salle. Mais c’était déjà une victoire. Son dernier regard alla au tableau qu’il voyait de loin, et à tous ces gens devant, dont certains s’étaient retournés pour voir ce qu’il se passait…

 

                                                           "Bien sur", se dit-il, "Bien sur… Et puis merde après tout !"

 

 

L’explosion dévasta l’immense salle de la Joconde et trois plus petites salles avoisinantes.



escapades nocturnes louvre


  Quo vadis ? XIII.. | Page d'accueil | Attentat.. 

Ajouté le 09:41 à 1/4/2009
- Poster un commentaire | Envoyer à un ami

COUCOU

aujourd'hui il faut faire attention aux farces

amicalement

maxhelena - 10:35 - 1/4/2009

<:o)

c'est qand même pas le sourire figé à la Jocande qui le dérangeait notre Gars dis  bonne journée et évite les musées des fois qu'il y' aurait un pareil à not' bonhomme 

clarimage - 14:25 - 3/4/2009

.


Bonne nuit Nacturne
Bisous Marie

pensee - 00:03 - 6/4/2009

ton nom est sur vef blog

tiens voilà sur bloguez pensée à pris ton pseudo pour aller sur vef blog

 

belle musique sur ton blog

XXXn - 09:49 - 30/4/2009

A propos du blogueur

Je mets en ligne mes écrits, sans prétention et sans ménagement. En espérant, pas forcément vous plaire, mais au moins vous sortir pour quelques temps de l'ordinaire...

Escapades Nocturnes


Tous les écrits présentés ici sont mis à la disposition selon les termes de la Licence Creative Commons.

«  November 2017  »
MonTueWedThuFriSatSun
12345
6789101112
13141516171819
20212223242526
27282930


Menu

Photo album
Accueil
Voir mon profile
Archives
Blog RSS
Mon livre d'or

Catégories

Concours d'écriture
Nouvelle
Poésie
Quo Vadis ?
Souvenirs

Amis

5
antonkarmazoe
chibanimation
clysthendra
niced
rouxremi

Liens

Ma gallerie de photographies
Le lit
Humanité ?
Formicidae
Régularité
Dreamer
Nous pleuvons
Mourir par amour
Incandescence
Clown
Voyager vraiment
Partir
Dernier voyage
Rondeau
Bénédicte
Quo vadis ? Episode 1
Idiolecte d'inversement
Symphonie
Le chat
Quo vadis ? Episode 2
Psychopathie
Haut dans le ciel
Parler !
Quo vadis ? Episode 3
Pleure avec moi
Coeur
Le goût de la mort
Quo vadis ? Episode 4
Marionnettes
Conte des vieux sentiments
Je commence demain
Quo vadis ? Episode 5
Un homme sous la pluie
Egarements
Le désert sans toi
Quo vadis ? Episode 6
On a parlé
Allégorie de la caverne ?
Poésie ?
Quo vadis ? Episode 7
Me faire taire ?
Hyperémotivité
Le prince de six sous
Quo vadis ? Episode 8
Carpe Noctem
Langundo
Encore des larmes
Quo vadis ? Episode 9
Mon besoin
Mon endroit
Mon mal
Quo vadis ? Episode 10
Ma force
Denary
Quo vadis ? Episode 11
Espoir et lassitude
Introspection de soi grâce à une horloge qui fait tic-tac
Après tout...
Quo vadis ? Episode 12
Les vies arrêtées
Courir et sauter
Univers cité
Quo vadis ? Episode 13
Celui qui devait mourir pour exister
Parmi eux
Poème pour ne rien dire
Quo vadis ? Episode 14
La fin d'un monde
Jasmine
Amour égoiste
Quo vadis ? Episode 15
X - térie
1912
Page blanche
Quo vadis ? Episode 16
Idiolecte d'assonance
Nuit d'horreur
Attentat
Quo vadis ? Episode 17
Vivre le phoenix
La ville où les gens regardaient en l'air
On the road again
Quo vadis ? Episode 18
Noir
Désolation
Viv(r)e la nuit
Quo Vadis ? Episode 19
Sandra
Songes intemporels
Jardinièretés
Quo Vadis ? Episode 20
Sakunakahori
Renunciation
La plus belle vie au monde

Services


Sondage

| Contact author |