Les trois cases rougissent. Je suis totalement effrayé. J’appréhende déjà le mal que je vais subir. J’ai déjà souffert mille tourments avec ma précédente erreur de la case rouge 5. Mais maintenant le chiffre 16 ! Je ne vais pas survivre, c’est certain.
L’atmosphère ambiante commence à changer en une rougeoyante fournaise.
Boom
La déflagration est forte, assourdissante. Tout redevient noir. Plus rien ne change autour de moi. Que se passe t’il encore ? Est-ce cela mon nouveau cauchemar ?
J’ai l’étrange pressentiment que non. Il y a quelque chose de pas naturel dans tout cela.
Je me surprend à rire de cette idée de pouvoir juger ce qui est réel ou non depuis que je me trouve dans ce méandre de cauchemars.
Je me lève péniblement quand au loin, une porte s’ouvre, faisant fondre l’obscurité qui est mienne d’une lumière faiblement verte foncée. C’est une sorte de petit sas qui s’est ouvert et quelqu’un est là, à son entrée.
Je reste sur place et la personne se dirige vers moi. Je prend peur mais ne sais comment réagir. Plus elle s’approche plus je la vois distinctement. Environ un mètre de haut. Une silhouette assez difficile à identifier. Quelque chose d’étrange sur ce nouveau venu…
- Viouen, vite ! Nouin n’avons pas beaucoup de temps !
Je commence à bouger, à reculer. La silhouette s’approche encore. Je doute qu’elle puisse me sortir de cet enfer. Je me ressaisis en comprenant que c’est peut être la seule vrai issue qui m’est donnée depuis le début de ce cauchemar. La silhouette arrive près de moi.
Début d’explication
Je m’arrête d’effroi lorsque je distingue alors totalement mon interlocuteur. Ce n’est pas humain ! La chose possède deux jambes, mais des membres inférieurs qu’on ne saurait nommer entre pattes et pieds palmés. Le corps, plutôt maigre, est assez humain ; mais la chose possède un long cou et une tête élancée. Enfin la chose possède un bec au milieu du visage qui semble humain. Elle semble aussi avoir des sortes d’ailes dans le dos. Mais quelle est cette horrible chose ? Un croisement génétique qui a mal tourné entre un homme et une oie ?
Son corps maigre est néanmoins musclé, mais sa tête et ses pieds semblent très chétifs. Je suis tenté de crier mais aucun son ne sort de ma bouche.
- Quouin ? Pourquouin t’arrêtes tu ? Dépêche touin, il te faut sortir au plus vite !
Lentement, je reprends le contrôle de ma locution.
- Qui êtes-vous ? réussis-je à formuler.
- Je suis de la Faction. Nouin sommes là pour te sortir d’ici. Nouin luttons contre l’Agence.
- Je ne comprends rien.
- Bouin, je te résume rapidement la situation : tu es ici, un des nombrouins cobayes de nombrouins expériences de l’Agence. L’Agence, tout comme la Faction, sont des consciences collectives, dont toutes les entités poursuivent le même but de leur groupe. Néanmouin, ces deux groupes sont opposés idéologiquement. L’Agence fait des expériences sur des êtres de diverses espèces, pour un but qui nouin échappe encore. Nouin, la Faction, voyouin surtout le mal que l’Agence fait, nouin avons décidé de contrecarrer ses plans. Tu es le premier auquel nouin réussissons à venir en aide. Pas parce que tu les autres sont mieux surveillés, mais parce que cette expérience-ci est nouinvelle, totalement, et pas encore infaillible.
Une sonnerie se fit alors entendre, une mélodie ressemblant à une marche funèbre.
- Nouin ! Déjà ! Nouin ne pouvons pas t’en expliquer d’avantage. Nouin devons prendre ta place pour assurer ta sécurité.
C’est alors que la chose bascula son long cou et sa tête en arrière. Puis elle se recroquevilla en repliant ses jambes et son corps, d’une façon absolument pas rationnelle. Toute la chose commença à changer et à grandir. Sa tête se fit plus courte, son cou aussi, son corps plus grand, ses jambes plus humaines. Son visage se dessina…en mien.
La créature devant moi se métamorphosait. Et le résultat n’était autre que moi-même !
- Oh mon dieu ! criais-je.
- Tu apprendras bien vite que ton dieu n’existe pas, pas plus que toutes tes croyances abstraites. Ecoute mouin bien, sujet numéro trois. Nouin allons prendre ta place ici. Nouin allons faire crouinre en ta mort. Ainsi tu pouinrras librement circuler dans ces lieux. Prend néanmoin garde à touin, esquive toujours l’Agence. D’autres membres de la Faction sont éparpillés, nouin essayerons de t’aider du mieux possible. Si tu tombes sur d’autres cobayes, essaye touin aussi de leur venir en aide. Mais surtout, sors touin d’ici. De ta survie dépend notre réussite.
- Mais que dois-je faire ? Où dois-je aller ? Pourquoi tout cela ?
- Pouin de temps pour cela maintenant. Sors et retrouve la Faction.
Sans chercher à comprendre, subjugué par les informations données et encore plus par toutes les questions restantes, j’obéis à l’ordre que cette chose m’avait donné.
Je passais dans le petit sas, me retrouvant dans un couloir vide, éclairé d’une lumière verte et obscure, ne me rappelant rien de connu. Je me retournais vers l’ouverture. Mon double me fit un signe de la main, que j’interprétais comme un adieu. Mon double sortit ensuite un objet de je ne sais où et le posa à ses pieds. « Fuis, numéro trois, tu es notre meilleure chance ! ». Puis le sas se ferma doucement, et je m’accroupie pour continuer à voir mon double. Ce dernier prit soudainement feu, embrasé par des flammes si rouges, si jaunes, si bleues ! Il ne cria pas.
Je restais devant la porte sans rien dire et sans rien comprendre, essayant d’assimiler les évènements. La sirène tonnait toujours mais je m’en moquais. J’étais un cobaye ! Un groupe non humain était venu me sauver ! Et pour me sauver, un des leurs avait donné sa vie pour faire croire à ma mort !
Je me sentais étourdie, en proie aux vertiges qu’entraînaient mes réflexions.
L’alarme sonnait et je m’en rendis enfin compte. Je devais fuir, tels étaient ses derniers mots. Fuir. Si ce tout cela était vrai, aussi improbable soit-il, l’Agence n’allait pas tarder à venir ici.
Fuir, il me fallais donc fuir…

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