Sur un coup de tête, un pétage de plomb, une furieuse envie de tout plaquer, tout abandonner, tout quitter, tout oublier… Mettre un vide entre la vie d’hier et celle d’aujourd’hui. Ne pas penser à demain, ne pas s’en préoccuper. Ou sera t-on demain ? Que fera t-on ? S’en foutre. Ne plus se poser de question. Choisir vite. Puis foncer. Plus que deux choses qui comptent : manger et rouler, la nourriture et l’essence. Voyager enfin. Ne pas attendre la retraite pour cela. Découvrir. Voir. Comprendre. Cette envie irrépressible de bouger sans cesse. Pas seulement les grandes villes, mais aussi les villages, les coins reclus, retirés de tout et de tous. Vivre alors. S’imprégner de la vie, la vieillesse, ce temps qui passe. Ne plus se retourner Ne plus avoir peur. Parfois trouver un hôtel, un lit confortable, souvent dormir sur la banquette arrière de la voiture. Un oreiller, une couverture, quoi de plus ? Pourquoi du confort ? Pourquoi de la place ? Pourquoi payer pour cela ? Le monde me réconforte, si grand, si vaste. Le monde est gratuit ! S’enfermer, c’est se couper du monde. Vivre dehors, c’est vivre vraiment. Toujours sur la route. D’abord la France, toujours prendre une route différente : jamais le même chemin, jamais le même panorama, jamais le même paysage, jamais les mêmes voitures, jamais les mêmes plaques d'immatriculation. Croiser les VRP. Discuter avec les routiers. Imaginer leurs vies au quotidien. Penser à la vie de tous les gens croisés. Voyager, c’est découvrir le monde.
Découvrir le monde, c’est découvrir les autres.
Découvrir les autres, c’est se questionner.
Se questionner conduit à s’identifier.
Une fois identifié, je reviendrai. Revenir partager ce que j’ai vécu. Espérer alors trouver le sens de la vie. Cesser de couler
Enfin nager dans les grandes vagues de la vie. Stationner. Ou au contraire, ne pas trouver d’apaisement et continuer à rouler ça et là, l’Europe est vaste. Espagne faire la fête avec les jeunes de Barcelone, Portugal dormir sur la plage de Porto, repasser en France, Italie voir Venise et…repartir, Suisse goûter à tous les chocolats et en faire une indigestion, Roumanie constater que beaucoup reste à faire, vers la Grèce et ses monuments historiques, retourner en République Tchèque retrouver Brno ma bien-aimée, voir l’Allemagne et contempler l'art berlinois, le Benelux découvrir le paysage de ces trois pays, s’engouffrer dans la Russie et adorer les nuits fraiches de Saint-Pétersbourg...
Finir ma vie dans cette voiture, glacé, perdu, dans ce vaste monde que l’on ne connaîtra jamais assez bien…

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