C’est un clown qui pleurt. “Qui pleure“ me dirais vous. Et maintenant “me direz vous“ ! Vous me direz que vous m’aviez dit que les pleurs, lorsqu’on pleure s’écrivent “pleure“ et non “pleurt“. Pourquoi est-il si noble de jouer avec les mots et si peu avec l’orthographe ? Bon, bon, oublions. Jouons avec les mots. Revenons à notre clown. Clown, son but, c’est de faire rire. Donc si il pleure ...
Reste t-il clown ? Ou redevient-il humain ? En supposant que les clowns ne sont donc pas humains ? Puisqu’ils ne pleurent pas. Mais celui-ci pleure. Ce n’est donc pas un clown.
Qui est-il ? Pourquoi pleure t-il ? Et surtout pourquoi est-il un clown qui pleure ? Ne faudrait-il pas qu’il se démaquille pour pleurer ? Qu’est ce qui le fait pleurer, d’abord ? Le fait de ne pas s’être démaquillé ?
Peut être pleure t-il de ne pouvoir rire. Donc de ne pas pouvoir être clown. Est-ce pire que de ne pouvoir pleurer ? En rirais-je si c’était le cas ? Rire de ne pouvoir pleurer ? Cela vous fait rire que je veuille en pleurer ?
Pleurer parce que ce clown me fait à la fois rire et pleurer, que je suis humain et que donc je peux faire les deux, contrairement à ce clown que je plaint de ne pouvoir pleurer, même si dans le cas présent il pleure, ce qui, entre nous, n’est pas logique ?
Cela vous fait-il pleurer que je ris de vous voir lire ceci sans trop comprendre ce qui me fait rire, ce qui me fait pleurer, ce qui pourrait vous faire rire et ce qui fait pleurer ce clown ?
Vous moquez vous de moi qui me moque de vous ? Alors si je vous fais rire, je vais passer le costume de ce clown. Cela vous plaira t-il ? Me trouverez-vous pathétique ? Alors me ferez-vous pleurer ?
Attendez, attendez, ne me faites pas pleurer alors que je suis en clown. Sinon, ce texte n’aurait aucun sens.
Mais finalement, en a-t-il vraiment ? 
Je suis l' illusionniste du coin, voilà tout. Un clown triste. Pourquoi triste, Liffy ? Parce que le monde est triste. Pourquoi un clown, alors ? Parce que le monde est si triste qu' il faut bien en rire, sinon il serait encore plus dangereux qu' il ne l' est déjà.
Ombres sur le Nil, Le quatuor de Jérusalem 3, Edward Whittemore.
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